Univers – IVème Reich

A dose normale l’Hépodryne n’est pas dangereuse. Chez un individu moyen de type humanoïde, elle accroit les performances sexuelles de 11% un quart, la sensibilité de l’épiderme de 8%, le tonus musculaire de 1% et procure des sensations identiques à un psychotrope léger.  Au même titre que l’influx sanguin auquel elle est mélangée elle subit la pression atmosphérique. A l’état liquide, en ampoule injectable, si la pression diffère de 2% de celui d’une planète de type terrienne, elle subit une modification de 4,5% de sa structure moléculaire la rendant potentiellement dangereuse une fois injectée. Au-delà de 17% l’Hépodryne est fortement déconseillée, même après injection, même sous forme de gélule. Pour compenser éventuellement ces défaillances le magazine InfoCon-Sot Galaxie recommande le Zeflan 50, ou, si l’on est allergique à la gamme Zeflan, un cocktail journalier d’Hélium 3 et de Paroxyne en dose de 1cc, sécable.

Le paradigme social de l’accomplissement  chez les cadres d’entreprise, dans l’univers ultra compétitif  de la réussite moderne, selon une étude menée par l’institut MédiaSondage, est à 32,6% dépendant des conditions physiologiques objectives des organes reproducteurs. Auquel il convient toutefois d’ajouter un correctif de 8,5 points selon la qualité du ou de la partenaire sélectionnée, et de sa capacité  à répondre correctement aux stimulis sociaux et sexuels proposés par le cadre dans le contexte d’un positionnement commercial dit « dominant ». Cependant, selon les recherches de l’Université de Cattle, l’incidence « confiance » normalement garantie par un choix et un nombre adapté de partenaires, ne serait être totalement compensé si l’on tient compte tant du caractère aléatoire de l’éducation que des conditions de réussite. Il a en effet été démontré que le choix rationnel d’une ascension sociale rapide n’est pas systématique chez tous les individus à la naissance. L’échec étant chez certains vécu comme un facteur de stress « positif » nécessaire, dans une certaine mesure, tant à leur équilibre personnel qu’à l’assurance d’un plan de carrière bien construit.

Rappelons à ce sujet que tous les CV ne sont pas obligés d’être parfaits, ni tous les candidats d’avoir réponse à tout. Il faut savoir laisser la place au doute objectif de sorte que l’interlocuteur puisse trouver son positionnement dans le caractère d’un échange acheteur-vendeur, la base même de toute relation humaine.

Ainsi, si l’on tient compte des études menées sur l’influence de la physiologie des organes reproducteurs dans les relations de confiance et la réussite d’une carrière,  il apparaît dans 78% des cas la nécessité de faire appel à des correcteurs plastiques. L’infomensuel Actu Medic a déterminé 3 écoles de pensée dans le domaine du mouvement de  correction des organes de reproduction plastique, ou CORP.

Selon Strump et la plupart des courants de la psychanalyse moderne la perception que l’on a de son corps physique peut notablement être modifiée selon un variant de moteurs de suggestion, qu’ils soient actifs comme les psychotropes ou passifs de l’ordre de ceux dans lesquels le sujet investira une plus ou moins grande autorité/confiance.  La 1er école du CORP propose donc une variété d’effets placebo à caractère subjectif, comme l’usage chronique et sous contrôle médical strict de déclinaison neutre d’aphrodisiaques connus comme le cocktail du Docteur Darr, composé à 23% de mouche de cantharide, et à 19% d’ivoire d’élevage pour un volume équivalent d’eau et un moindre pourcentage d’agent de texture. L’on pourra également préférer l’usage par exemple de produit vivant, comme la chenille de Salmagdie dont le pouvoir irritant améliorera l’irrigation des corps caverneux constituant 60% des organes reproducteurs chez les espèces intelligentes, suscitant une prise de volume temporaire avec une légère coloration de la peau qui suggérera un accroissement de la virilité.

Pour la seconde école du CORP, notablement influencée par la philosophie du Real is Best, prônée entre autre par les adeptes de l’antivirtualité et du retour aux sources, il est nécessaire de dépasser le simple constat psychologique pour agir concrètement sur le sujet. Dans cet exemple du déterminisme biologique qui définit dans 75% des cas une nature de cadre supérieur, la seconde école du mouvement CORP privilégie, pour une meilleure assimilation psychologique, l’utilisation soit d’enzymes de croissance par système de greffe. Soit l’injection de nano intelligence. Pour se faire on se référera à la fin du document et la liste des laboratoires proposant ce type de service. Mais bien entendu, la plus radicale des écoles du CORP, dites du Changement, suggère que dans une démarche d’acceptation complète, tant physiologique que psychologique l’on procède à l’ablation des organes défectueux afin de les remplacer par des organes choisis sur catalogue et conçus pour obéir aux sexualités les plus performantes. Remarquons toutefois que la 3ème école du CORP, s’inscrit dans le contexte sélectif d’une démarche cadre visant à démontrer de son sens du sacrifice.

Stee leva la tête de son écran pour le porter sur l’hologramme, un essaim d’images de stock, médical business, winner, blouse blanche et fond bleu et blanc. Il posa les doigts sur la surface de l’hologramme et fit glisser l’essaim à l’intérieur de l’écran sur les pages de texte. Ensuite il choisit une voix dans sa banque de données, qu’il inséra à son tour et laissa le logiciel calculer l’ensemble, créer des espaces et des respirations pour les images, glisser des visites virtuelles accessibles à la commande en suivant un hyperlien. Cyberspace restreint, visite guidée, aucune incidence possible sur l’environnement. Routine de calcul qui répétait en boucle des scènes de laboratoires futuristes, des opérations chirurgicales immaculées et techniques, le passage de quelques médecins ou chercheurs au visage dynamique, beaux comme des savons neufs, dont on n’entendait pas la voix mais qu’on suggérait la bouche pleine de commentaires technologiques ésotériques.

Il entendit un grognement derrière lui. C’était Krankx, tout juste sorti de sa cabine, une tasse de goudron à la caféine à la main.

–          Merci pour l’hospitalité mec. Pas un appareil qui tient plus de deux mois, ah je te dis je regrette le Vega.

–          Fallait pas le faire sauter.

–          Pas le choix. Qu’est-ce que tu fabriques ?

–          Un piège à miel. J’ai un accès pirate aux bases de données de Porn Delta.

Krankx se pencha sur l’écran, la version 2D était prête, Stee lui fit écouter le texte énoncé par une voix suave et confiante. Krankx éclata de rire.

–          C’est quoi ces conneries ? Ça marche toujours cette arnaque au chibre ?

–          68% de la population locale est humaine, dont 5% qui viennent directement de la terre, t’imagines même pas comment ça marche.

–          Et sur les autres aussi ?

–          Ceux que ça concerne, oui. Bon les coraliens, leur truc c’est d’en avoir une minuscule, rapport à leur système de reproduction y paraît, faut s’adapter quoi.

–          Mais les chenilles quand même… ils se frottent pas la queue avec si ? Une piqûre de salmagdie t’as la main qui enfle pendant deux jours on dirait un melon !

–          Avec tout ce qu’on leur vend déjà comme conneries…

Il reconnaissait bien là le style. Stee n’était pas seulement un escroc de talent, il avait un sens creatif de l’arnaque.

–          Et les labo ? T’as vraiment une liste ?

–          Ouais, une chaîne d’écrémage. 350 crédits de droit d’inscription 500 d’acompte, 1200 crédits de frais d’analyse, 1500 de prescription médicale. Et quand le mec se pointe, en général je m’arrange pour qu’il trouve au moins un hangar.

–          Ah bien…

Il continua d’écouter le baratin, un peu ahuri, demanda :

–          C’est quoi cette histoire de couper la bite ?

–          Un petit trafic d’organes que j’ai monté avec des potes.

–          Ah ouais ? Et tu ramasses… euh, beaucoup de bites ?

–          Des tonnes.

–          Je te jure… les gens sont dingues. Tu leurs mets quoi à la place ?

–          Ça dépend, des fois rien, on les recoud, c’est déjà bien, parfois un petit drapeau avec un slogan.

–          Comme quoi ?

–          Comme « c’est l’homme qui fait la marchandise » ou « il faut libérer l’entreprise ». Mais celui-là « L’entreprise est une formidable aventure. » je le trouve magnifique, t’en penses quoi ?

–          Pas mal ouais.

Stee se tourna vers l’écran, satisfait. Il ne restait plus qu’à actionner la commande de lancement et les mots traverseraient toutes les têtes des employés et cadres branchés sur les chaînes Porn Delta rêvant d’en avoir une plus grosse et de pouvoir limer pendant un mois. Stee était doué pour les arnaques, les combines en tout genre, le piratage des relais mais là où il excellait c’était dans le baratin. Krankx se marra.

–          T’es doué, on croirait que c’est vrai presque.

–          Mais c’est vrai, ils greffent vraiment des bites bioniques ! 3000 crédits pièce ! Démontable ! En kit ! T’imagines pas !

–          Bah alors pourquoi ils vont te voir toi ?

–          Le baratin des règlements d’assurance. Il faut passer un examen, signer une résolution d’abandon des poursuites en cas de défaut de fonctionnement. Et qui dit assurance dit une taxe supplémentaire sur le prix de l’opération, et du bidule ! Beaucoup de candidats, pas tous les moyens. Et puis en plus, une fois sur deux ca ne marche pas. Ils ont beau avoir affiné les capteurs de sensibilité, c’est d’abord dans la tête que ça se passe ces trucs-là. Moi je les fais signer dans la constellation d’Orion, pas d’impôts, pas d’assurances contraignantes, pas de lois sur la correction plastique, c’est simple, la moitié, dès qu’ils voient le logo d’Orion ils foncent.

Krankx regarda sur l’étagère à sa droite, l’alignement de petites fioles en verre, ça ressemblait exactement au flacon qu’il utilisait pour la méthacaïne en mode injectable.

–          C’est quoi ?

–          De la nano intelligence, fit Stee en faisant un signe du pouce et de l’index.

–          Eh, eh… t’as mis quoi dedans ?

–          De l’eau sucrée, des fois un peu de plâtre, ça dépend.

–          Formidable.

Il appuya sur la touche entrée, une fenêtre s’ouvrit, un compteur, le timing avant implantation dans le système. Krankx pensa à tous les mecs en bas, branchés, en train de se branler dans un boulard virtuel. Tripotée de salary man, d’employés, de cadres flingués d’heures de boulot qui venaient se détendre, à six heures de vol, en se tapant des épiphanies de 15 ans maquillées comme une arnaque, en vrai ou virtuellement. Il y en avait pour tous les goûts et toutes les bourses avec Porn Delta et ses Fuckodromes. Et plus loin, vers la gauche Voralis et son soleil boosté à la bombe méganucléaire. Voralis la grande usine des cols blancs. Des avocats, des financiers, des cadres supérieurs des cartels invraisemblables de l’agro alimentaire insectoïde, de la grande distribution interplanétaire, des sept bourses et des cinquante-six mille et huit cent quatre-vingt -dix-sept banques. Une ruche dans laquelle Stee et sa bande péchait leur miel. Des courtiers appâtés par des amarys en verre de Klandre, du toc même pire qu’un canon de Mao Tsé Tung.. Et qu’on échange contre des actions. Des actions qu’on revend à la concurrence en échange d’un poste au CA. Et pendant qu’ils s’étripent à coup d’OPA, on fait chanter le Conseil d’Administration avec des holos salaces et le document interne verboten au public sous peine de chute libre. Ils en avaient dépouillé quelques uns déjà, des groupes de l’armement, des sociétés pharmaceutiques spécialisées dans les maladies à gros rendement, des fabricants d’aliments recyclés, quelques banques. Son nom est sur la liste de recherche de trois organisations privées, et à peu près tous les starmarchals de la galaxie environnante. Stee ne craint personne, même pas qu’on lui envoie les Légions Tempête, lui et ses frères sont des courants d’air. Les Frères de la Perpétuelle Indulgence.

–          Tu sais ce que c’est qu’une indulgence Krankx.

–          Je sais pas j’ai jamais pratiqué.

–          Tu crois pas si bien dire, au moyen-âge terrien les nobles pouvaient se racheter de leurs péchés en payant pour l’indulgence de l’Eglise, nous sommes leur église, ils sont nos agneaux et notre indulgence sera perpétuelle.

–          Eh, eh…

Fuckodrome 6 était situé au large de Voralis. Micro planète artificielle d’un million d’employés, avec une cadence de fréquentation quasi permanente d’environ 2 millions de visiteurs jour et nuit. Mais Voralis, un des centres monétaires de la République ne s’approchait pas comme ça, et à fortiori pas plus le bordel gigantesque attenant.  Il y avait les zilliards de caméras, micro-mouches, détecteurs de mensonge à induction qu’on vous glissait à l’identification, les analyseurs sanguins automatiques, et des hordes privées d’androïdes éduqués à tuer méthodiquement. Les abords du Fuckodrome, la frontière, était tenu par des orcs d’importation, made in Nova Cosa Nostra. Des placements, comme ils disaient, des gangs autonomes ou presque, issus de clonage ou natal, bien abrutis comme il faut et plein de muscles et de chaînes en or comme il faut aussi. Eux non plus ne laissaient pas passer n’importe qui malgré le brassage. Dans ce contexte Zendl allait être parfaitement pratique.

–          Brrglmb ?

Il faut expliquer au lecteur, à ce stade du récit, la difficulté qu’il y a parfois, pour le narrateur, moi-même, à traduire l’Orc. Ou n’importe quoi d’autre d’ailleurs. Comment transcrire ce qui à l’oreille humaine s’apparente à un pet d’âne. D’ailleurs, encore faut-il avoir entendu un âne péter. Ce qui n’est pas forcément à la portée de tout le monde. Le lecteur en conviendra. Mais qui plus est, ici même, il faudrait imaginer un âne en train de péter, l’anus obstrué de dents. Les siennes, restons courtois. Le tout, l’ensemble du borborygme, balancé avec l’accent du Texas, pour autant que ça puisse être possible.

Des orcs du Texas ? Mais tiens donc.

–          Drrrzzzzllll ! Répondit Krankx avec un sourire comme une cadillac en or.

Ce qui en soit ne voulait rien dire mais l’idiome Orc se trouve être autant mimé que parlé. Ainsi, Drrrzzzlll dit avec ce sourire signifiait « je suis le super mac qui vient vendre une pute de premier choix, éthique 100%, élevée au grain » alors que le même mot dit avec un geste sec de la main signifiait « je vais te couper la bite ». On comprendra pourquoi il y avait peu de traducteur d’Orc, et que dans tous les cas ils s’agissaient d’individus prudents et même timides. Et donc bien pardonner au narrateur la difficulté à traduire correctement une sonorité quand celle-ci se mime autant qu’elle se flatule.

La peau verdâtre, batracienne, le front bas et osseux, la mâchoire lourde, avec de petits yeux jaunes stupides, des chaînes en or et 300 kilos de muscles, l’orc renifla la gamine puis le père, comme un chien. Une vieille croyance orc, que la vérité était dans les odeurs. Les humains pensaient bien qu’elle était dans les yeux, chacun son truc. Les dentus derrière ne bougeaient pas, ils observaient les autres passagers comme s’il s’agissait d’un arrivage de pâté en croute. Zendl se demanda qui avait eu la drôle d’idée de leur vendre des marcel et des shorts.

–          Graâm’n !

Ou quelque chose comme ça. Krankx montra ses papiers ou ce qui tenait lieu de papier à un mac premier choix, une liasse de grosses coupures repliées entre les mâchoires en or d’un dragon de Patania aux yeux sertis de rubis. L’orc déplia une espèce de sourire, on aurait dit qu’il tendait un piège à ours tellement il y avait de dents ébréchées mais pointues dans cette bouche. Zendl était très impressionnée. Elle n’en avait jamais vu en vrai, seulement en conte, ceux que lui racontait maman dans le temps.

–          Je savais pas que tu parlais leur langue, dit-elle quand ils eurent passé la frontière.

–          Moi non plus, grommela le père.

La micro planète ne comprenait que 5 grandes villes, Dominia, Sodomia, Saphi, Otofuck, Disney, et Exotica, pour les amateurs d’étrangetés, de zoophilie et d’exosexualité. Une par micro continent dont elles occupaient la majeure partie. Il y avait également des plages, des forêts, et dispersés dans le paysage, des hôtels, des bars, des salons de massage, des salles de jeu, à perte de vue. Et quantités de véhicules volants pour s’y rendre en ordre dispersé ou non. Les compagnies ne s’en vantaient pas mais nombre d’entre elles récompensaient leurs employés en séjour de groupe, pour une orgie Fuckodrome 6 by jet-bus avec escale dans chaque ville, dégustation des spécialités locales, éventuellement achat de souvenirs, ou revente. Il arrivait fréquemment qu’un cadre s’entiche d’une ou d’un employé, la/le rachète à Porn Delta et Fuckodrome Intergalactique, puis s’en lasse et la/le ramène pour la/le revendre. Quelques gagneuses étaient même paraît-il parvenues à en épouser certains, et s’élever dans la société.

Ils empruntèrent un Toc-Toc, un taxi jet automatisé, conduit par un androïde à visage humain. Un modèle cheap, le masque mal fait, visiblement artificiel, grotesque, comme d’être conduit par une marionnette. Les concepteurs des Fuckodromes avaient économisé sur le budget du personnel de maintenance. Des androïdes bas de gamme, avec des visages vite faits qui donnaient l’impression de déambuler parmi des mannequins de vitrine et des figures de carnaval. Toujours souriants, toujours avenants, répétant en boucle les mêmes formulations, à une ou deux variable près.

Otofuck était situé au large de la côte, sur une presque-île et s’étalait en cité lacustre tout le long sur des dizaines de kilomètres. On y circulait en bateau à moteur ancien, à voile, les engins volants étaient interdits et l’ambiance paisible. C’était là même qu’avait lieu la plupart des tournages organisés par la compagnie avec ses stars. Sur des plages de rêve, dans des lofts sublimes, de quoi faire rêver, stimuler tous les gagneurs qui venaient du ciel.  C’était d’ici également que partaient toutes les images direction les serveurs intergalactiques, alimentaient les porno-box où les amateurs de virtualité pouvaient s’en donner à cœur joie et sans risque d’attraper une maladie bizarre. Deux hôtels porno-box de luxe se tenaient même depuis la mer, à chaque extrémité de la presque-île. On y venait seul, c’était le principe, l’auto-érotisme. Seed récupérait ce qu’il fallait récupérer comme semence perdue, ça payait une partie du séjour. C’était également là qu’étaient installés les HyperPorns, la chaîne de magasins du sexe la plus importante de la galaxie. Deux bâtiments géants, pyramidaux situés à l’entrée d’Otofuck, où les jets vous déposaient avant de pouvoir se rendre par la route dans les établissements de la côte. Quantités de bars, de restaurants où on pouvait croiser des vedettes ou même tomber sur un tournage. Ça attirait du monde. Comme les HyperPorns en attiraient. Quatre-vingt étages de marchés de l’occasion, de porno-box, de boutiques d’accessoires, de boîtes à strip-tease, de vente direct, avec les prostitué(e)s des trois ou quatre sexes, disposé(e)s en vitrine, prêts à être emballé(e)s, livraison sous 48h, pour ceux qui n’avaient pas le temps de se rendre sur place. C’est là qu’il fallait aller si on voulait obtenir une franchise Porn Delta.

Fervents partisans de la libre entreprise, les dirigeants de la compagnie autorisaient aux proxénètes freelance d’exercer avec leurs filles dans le site de leur convenance, sous bannière Fuckodrome Integalactique. A condition de convenir au critère de sélection de la charte de déontologie et d’éthique de Porn Delta  Cette franchise était accordée contre 40% des bénéfices nets, et après un examen auprès d’un des Maîtres de Maison de la compagnie.

Les Maîtres s’occupaient également de la vente à la criée au marché ouvert des occasions, c’est là que Krankx et sa fille se rendirent.

Deux grandes arènes sous un toit de néon flottant, rose et blanc, pour faire plus festif, la foule tout autour, un fond sonore de plage musicale de film porno à base de synthé, le brouhaha de la clientèle, la voix du Maître qui déblatérait à grande vitesse son baratin, enregistrait les propositions, annonçait les prix et adjugeait à la plus généreuse des mains, des pinces ou des tentacules levées. La marchandise déambulait sur l’arène, beaucoup d’humains ou de proto humains, de bipèdes de tous les âges, en tenue aguichante. Quelques créatures, une méduse à tentacules d’un blanc acidulé qui flottait sur le sol, comme en suspension, des mogwaï à grande bouche, espèce semi intelligente, version cuir, des tricornes et leur carapace repeinte en rose. Un bestiaire fatigué, des expressions et des attitudes de zoo, certain avaient fait de très longs périples avant d’atterrir ici. La puissance de l’éclairage ne les avantageaient pas non plus, mais la direction y tenait, il fallait les voir tels qu’ils étaient, pas de tromperie sur la marchandise s’il vous plaît. Dispersée autour de l’arène, mêlée à la foule, se tenait la sécurité. Des androïdes au visage neutre dans des uniformes sombres de Security and Compagnie, une des branches légales de la Yakitumi-gumi. Ils se firent introduire auprès du Maître sans difficulté, quelqu’un avait prévenu un de leurs programmes.

Maître Théodus était un orc affranchi de Newton. Employés essentiellement pour leur ignorance du scrupule et leur absence complète d’idéologie, les orcs étaient en train de prendre peu à peu la place des mineurs de hauts fonds avec qui la religion du cryptocommunisme avait pris de l’ampleur. Notablement stupide, les chirurgiens de Newton lui avaient greffé un calculateur à essence le long du crâne. Il penchait un peu du chef et parlait d’une manière à peu près articulée, même si de loin ça ressemblait à une succession de croassements et de caquètements, comme une volière de 4 mètres avec beaucoup de dents et bâtie dans le muscle brut. Comme de juste il commença par les renifler l’un après l’autre avant de commencer les palabres, il parlait un universis à peu près valable si on se donnait la peine de tendre l’oreille. De l’autre Krankx et sa fille avaient mis le paquet, selon l’acceptation de ce que mettre le paquet pouvait revêtir comme forme chez le tueur. Sa vision personnelle d’un macro grande classe. Costume lamé or, casquette en fourrure de zub – un bidule très rare et donc très cher, mais également très petit, il fallait 13.000 zubs pour faire un bonnet. Des plaques de bagouzes en or massif à chaque doigt, colliers de perles fines, bracelet gravé en diamants PapyChulo, son surnom d’emprunt El Papychulo de NewRose, le prince de ces demoiselles, le roi des bonbons au GHB, parfum vanille fraise, l’enchanteur des cours d’école, dûment enregistré auprès de la caisse des travailleurs du sexe, et sa dernière acquisition, Lupita Branlebien, 8 ans et demi. Zendl avait opté pour la tenue petite fille modèle, avec la jupe rose, les nœuds rose pour les couettes, les socquettes blanches et les petits souliers vernis rose, le même modèle que portait Flaby, la chanteuse de onze ans qui faisait un tabac à ce jour avec ses clips érotiques éléctro-métal et ses paroles crues.

Maître Théodus inspecta la gamine de tous ses doigts griffus tandis que son père faisait l’article.

–          Je l’ai découverte sur Nova Moon, une perle, presque jamais servi, marche à la baguette, connaît 14 positions, c’est moi-même qui l’ai débourrée.

Zendl souriait l’œil vide, comme elle avait vu les gamines le faire dans l’arène. Les griffes tâtaient la fermeté et l’élasticité de la peau, il y avait tellement de contrefaçons de nos jours.

–          T’rifff ?

–          80 crédits la pipe, 200 pour une complète, plus un supplément de 100 pour la sodomie et 200 de plus pour tout ce qui est commande spéciale.

–          C’dence ?

–          Oh quand elle est en forme, 6 clients de l’heure.

Soudain les petits yeux jaunes et fendus se posèrent sur un tatouage à la base du cou de Krankx, malhabilement maquillé sous une couche de fond de teint. On devinait un logo et le début d’une immatriculation. Le logo représentait un losange barré de trois traits, un marquage laser en réalité, HSP Galactic, la compagnie spécialisée dans la conception et la gestion de pénitenciers de haute sécurité.

–          Cé koâ c’ ? aboya le Maître de Maison en pointant sa griffe..

Il ne pouvait pas être enregistré auprès de la caisse des travailleurs du sexe indépendants s’il avait un casier, c’était la loi, et quoiqu’il arrive Porn Delta refusait de travailler avec des hors la loi et les repris de justice. Si ça se trouve cette gamine avait été déclaré volée et le Maître de Maison n’avait aucune envie d’avoir les autorités sur le dos. Ce n’était pas prévu au programme, mais il y avait sûrement un moyen de s’arranger, il y en avait toujours un. Zendl lâcha son plus joli sourire.

–          Grnd ! Se contenta de gronder l’orc en leur montrant la pièce derrière.

Krankx donna une tape sur les fesses de sa fille, elle suivit le mastodonte docilement.

Je ne m’étendrais pas sur la nature de la sexualité des orcs, ni plus sur la pratique que les caractéristique parce que je les ignore et ne m’en porte pas plus mal. Mais il était apparent, dans tous les sens du terme, que Maître Théodus était très pressé. Il bavait, crachait presque, un machin invraisemblable s’agitait sous son gilet, et en un rien de temps la gamine se retrouva en petite culotte, socquette et tenue de combat…

Le Maître de Maison eu un hoquet.

–          Eck ?

Deux bandes de toile noire croisées sur son torse menu, alourdis de lames de jet, des bracelets de force qui lui moulaient l’avant-bras jusqu’au coude bardé de rasoirs, un harnais avec quatre fourreaux, poignards de combats et le long de la cuisse droite son arme favorite, sa Faucheuse. Un poignard au repos, un sabre si nécessaire, prolongé d’une chaîne intelligente qui s’enroulait autour de son poignet.

Le calculateur à essence se mit à siffler intensément, chiffrant statistiquement ses chances de survie, et les options qui s’offraient immédiatement à lui. Mais l’instinct de l’orc fut plus fort. Il tenta de se jeter sur Zendl qui bondit comme un chat tout en dégainant sa Faucheuse. La lame cingla l’air avant de se ficher profondément et brutalement dans le crâne de l’orc. Ca fit zendl. Le calculateur coupé en deux, libéré de toute forme de réflexion, l’orc sourit, il était toujours vivant. Il leva un de ses énormes poings, elle arracha la lame. Le reste de la tête se fendit d’un coup, le haut du crâne glissa par terre, un toron de sang jaune jailli. Il s’effondra comme un arbre, les yeux révulsés. Elle coupa un morceau de sa redingote et s’essuya avec. Puis elle ouvrit la sacoche ultra plate qu’elle avait sur son harnais et en sortit une nouvelle tenue d’écolière, un pliage origami pour minimiser la place de tissu semi intelligent rétractable. Après quoi elle entreprit de fouiller le cadavre et le reste de la pièce. Elle ressortit dix minutes plus tard avec tous les papiers nécessaires pour entrer chez Disney.

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