Reagan Airport 1

Ca se passe comme ca. Libro c’est l’enfant star qui connait tout le monde en ville, du maire, au chef de la police, en passant par chacune des vedettes du cinéma ou de la chanson qui a une baraque sur Governor ou Heaven. Il possède deux des plus célèbres boites de nuit de Floride, et elles se trouvent toutes les deux à Paradise City, le Heaven’s Rock et le Cube. Au début Libro c’était seulement le mec qu’il fallait appeler si on voulait faire la fête. Drogues, filles, champagne haut de gamme, et même JLo en personne pour la batmisva de ton gosse si tu voulais. Libro aimait la nuit, sa famille avait de l’argent et des relations, il savait qui appeler, qui connaitre. Et puis de fil en aiguille, de liasses de billets en grammes de coke, l’ambianceur est devenu fournisseur. Les mexicains ont commencé par lui proposer d’écouler 4 kilos à son compte. Quand ils virent qu’il était sérieux, enthousiaste et bien connecté aux bons aspirateurs à coke, Que deux jours plus tard les quatre kiles étaient vendus, et que dans la foulée il en avait prit dix, ils lui ouvrirent leurs résidences secondaires.

 

Le transport c’était Rémondo. Raymond en réalité, Raymond Ferguson, un américain naturalisé mexicain, qui travaillait depuis des années pour le Cartel del Norte. Un vieux de la vieille, un de ceux qui avaient organisé le trafic à la belle époque de Miami. C’était à lui qu’on devait l’idée des sacs plastiques pour emballer la coke. Aussi étrange que cela puisse paraitre, il avait bien fallu deux ans, à ce qu’il parait, pour que les colombiens pigent l’idée. Deux ans et des tonnes de coke mal emballée paumée en mer. Et lui toujours qui avait eu l’idée de racheter un sous-marin russe pour assurer le transport. Bref Rémondo était un as et c’était organisé comme suit. La coke  passait par les Caraïbes, via Saint Martin versent hollandais, remontait vers la Nouvelle Orléans, puis 350 kilomètres à l’est, et enfin Panama City à la limite de l’état. De là, un groupe de voitures de tourisme ramenaient la marchandise par des routes différentes jusqu’à Paradise City, et la dispatchait entre les résidences secondaires que le Cartel possédait en banlieue. Dès qu’un lot arrivait, Libro était prévenu. Il se pointait, choisissait les paquets qu’il voulait pour lui, vu que le péon del Norte c’est pas le fortiche du pesage exact, et faisait distribuer le reste par des gars de confiance, un gang de motard. Toujours le même système. Une bagnole pleine à craquer, on appelle un gus, on lui dit où il trouvera la bagnole et les papiers, personne ne croise personne. Les motards avaient des semis grossistes qui travaillaient dans les tours d’East Eden, Banana, et des vendeurs dans les boites du quartier cubains et les rues de Petite Haïti.

 

Donc tout ca pour dire que le plan mallette en métal argenté pleine de coke bien propre contre mallette en métal argenté pleine de billets neufs, qui fini en sucette parce que les trafiquants rastacouères c’est trop des psychopathes. Les transactions à la Miami Vice et autre film de Seagal ca d’autant aucune chance d’arriver que les livraisons sont toutes prépayées, que la masse d’argent en retour n’emprunte jamais le circuit direct mais tout un petit train de sociétés écrans et de blanchisseries diverses, pas vu pas prit. Et que quand, exceptionnellement on se retrouve devant un mur entier de billet ou de coke, jamais moins mais jamais dans le même endroit. De billets bien emballés dans des ballots en plastique de dix kilos, il ne vient jamais à personne l’idée saugrenue de dévaliser un argent si durement gagné. Et ce pour deux raisons. Personne ne veut tuer la poule aux œufs d’or. Personne n’aurait l’idée folle de défier une entreprise pouvant lever une armée de deux milles hommes, disposant de fond illimité, et n’obéissant à aucune loi sinon celle du profit.

Alors comment ca a pu merder à ce point-là ?

 

Les mexicains rentraient dans les trois tonnes de coke par jours, il fallait à peine 12 heures pour les vendre. Une fois par semaine, jamais le même jour, jamais au même endroit ni à la même heure, Libro se rendait dans une résidence secondaire faire son marché. En général il s’agissait d’une maison dans un de ces quartiers pour classe moyenne à crédit, toute avec garage, souvent habité par une famille, et que les mexicains réaménageaient pour leur besoin. Quand la marchandise arrivait, on entrait par le garage, puis on disposait les paquets entre deux faux murs coulissant, en placo. Il y avait aussi souvent une cave et une cache au fond, de la coke jusque dans les plafonds, selon l’ingéniosité des mecs qui avaient fait les travaux. Evidemment, ceux qui étaient payé pour vivre là devaient partager leur logement avec des types armés, quand il n’était pas armés eux même. En fait je crois que je n’ai jamais vu autant d’armes de ma vie que les fois où j’ai accompagné Libro. Pour ça les mexicains sont peut-être pire que nous autres américains, ils adorent les armes. Même s’ils n’en avaient pas eu besoin ils en auraient porté, c’est comme des ornements pour eux je crois. Ils sont comme les irakiens et les afghans pour ca. Les irakiens et les afghans adorent les pétoires eux aussi, pas une famille qui n’a pas sa Kalach’ maison, dans les mariages, à la circoncision du petit… Quelle idée on a eu de vouloir leur faire la guerre…

 

Moi c’est Vince, je suis le chauffeur. C’est un boulot à mi-temps, j’ai promis à ma moitié que j’allais trouvé un job réglo. C’est Jimmy le fils de l’oncle à Libro qui m’a trouvé ce taf. Je le remplace pendant ces  jours de repos, deux jours par semaines, trois cent à cinq cent dollars la course. Une bonne gâche. Libro m’aime bien, il aimerait m’engager à plein temps, il pense que je suis un garçon plein de promesses et d’avenir. Mais je veux pas retourner en prison. C’est terminé ces conneries là. J’ai juré. Si je retourne en taule, cette fois Lauren me quittera avec la gosse. Déjà que je l’ai pas vu beaucoup grandir…

Libro ne sait pas pour elle, que j’ai femme et enfant. Et je tiens pas à ce qu’on sache. Pas vu pas pris, je fréquente des criminels après tout. Alors je lui ai raconté un bateau à propos d’une promesse que j’avais faite à mon père sur son lit de mort. Il savait que je venais de le perdre, Jimmy est venu à l’enterrement. Ce qu’il ne savait pas par contre  c’est que cet enfoiré avait disparu quatre ans après ma naissance, et qu’il s’était manifesté uniquement pour que je règle les frais médicaux de son cancer.

Mais peu importe, Libro respectait ca. Ca lui plaisait même que je veuille honorer la mémoire de mon père en restant clean. Il trouvait ca noble. Il disait que j’étais un mec bien.

 

Tu sais comment c’est dans les films, le mec dit à sa femme que c’est son dernier coup, elle le supplie de pas partir, il la rassure, que c’est du beurre, juste une petite balade, et hop ca barre en couille. Bin c’est exactement ce qui s’est passé ce jour-là. Avec Lauren on était en train de profiter que la môme était à l’école quand le téléphone s’est mit à vibrer contre ma bite. C’était Jimmy, Libro avait besoin de lui ailleurs, est-ce que je pouvais le remplacer. Le rendez-vous aurait lieu vers cinq heures, ca nous en laissait deux pour profiter des joies de la scolarité, et j’allais gagner le double de ce que j’avais fait la semaine passée. J’ai dis banco et bien entendu Lauren n’a plus voulu le faire. J’étais impossible, je prenais des risques stupides, un jour il allait arriver quelque chose, tu as promis… Oui j’avais promis, j’avais même commencé à apprendre un vrai métier, cuisinier, mais en attendant, parce qu’il fallait bien que je gagne ma vie, je continuais ce job jusqu’à la fin de mes études. C’était ca ma promesse, et elle avait dit oui, un deal est un deal. Elle a dit d’accord, mais elle voulait plus quand même, le ménage, tout ca… Et je suis parti les couilles pleines. Libro n’était pas de très bonne humeur ce jour-là lui non plus. A ce que je comprenais son oncle, le père de Jimmy, était descendu sur la côte et lui en faisait voir de toutes les couleurs. Le vieux qui veut apprendre le business au jeune, ces trucs-là. Sans compter qu’en plus il avait son propre père sur le dos. Monsieur Mon Fils Est Un raté. Monsieur Je Suis Un Exemple Pour la Communauté. Le grand Tom Vega, deux fois candidat malheureux à la mairie de Paradise City, Démocrate tendance veste réversible, grand copain du pétrolier et Républicain poids lourd Angus Zimmer. C’était ses entreprises qui avaient construit la plus part de ces maisons que les mexicains louaient autour de la ville.

Comme tous les vendredis, tous les autoroutes entre Panama et Paradise City étaient ralentis par des kilomètres de bouchons. Crise ou pas les américains tenaient à profiter de la plage et faire la fête. Et quel meilleur endroit que Paradise pour ca ? Du coup la livraison avait eu du retard, et quand on est arrivé, pour ajouter à notre mauvaise humeur, on a trouvé un tas de paquet en vrac, un énorme tas. Il n’y a pas que l’histoire du poids qui compte quand on doit trier 1000 paquets d’un kilo. Il y a l’état aussi. Le paquet n’a pas toujours été bien emballé, il a fait plusieurs millier de kilomètres, il est passé de mains en mains, et parfois elles sont consommatrices, gourmandes, ou maladroites. Ce n’était pas rare de trouver par exemple un paquet avec de tout petit trous dedans, et même à quelques grammes près, ça faisait toujours trop de fric de perdu. Alors on s’est retrouvé à trier avec les autres, ranger tout ce bordel, et on en était là quand ils ont débarqué. Quand l’impensable s’est produit.

 

Sur le moment j’ai pas bien vu combien ils étaient, Tout ce que j’ai vu c’est la porte communicante du garage qui s’ouvrait à la volée et un mec avec une cagoule et un fusil à pompe qui nous gueulait de nous coucher par terre. Bon, j’avoue, dans ces moments-là, les gens de notre milieu ont toujours un peu tendance à réagir de la même manière. Les mecs s’insultent, jouent à qui en a la plus longue, mais si on connait son affaire, on n’a pas besoin de cogner comme dans les films. C’est une chose de gueuler, une autre d’essayer d’affronter des gars assez cinglés pour braquer une résidence secondaire. Des gars avec des fusils à pompe qui vous hurlent de jeter vos armes en douceur. Surtout qu’elle n’était pas très grande la pièce, et qu’avec les invités on était quand même nombreux. Mais faut croire que la fiction avait envie de s’inviter dans ma réalité. Que le dernier coup forcément fatal, ce cliché à la con, devait se produire comme si Hollywood me faisait la morale. Et bien entendu se produire de cette manière improbable propre au scénario à la Jean-Claude Van Damme. Vous savez, avec ce type cinglé qui croit qu’il va être plus rapide que les balles. Le mec qui fait semblant de se coucher et soudain qui se lève et se jette sur le premier gars à sa portée. Dans les films ces types-là font souvent ça en criant « enculé de ta mère » ou quelque chose comme ca. Bin, aussi incroyable que ça puisse paraitre, c’est exactement l’idée qu’a eu un des mexicains. Excepté qu’il est allé jusqu’à « enculé » et puis le reste de sa phrase a terminé sur le mur. Alors tout est allé très vite, un des mexicain à tranché le talon d’Achille d’un braqueur, qui est tombé. Le coup est parti, il a fait exploser la tête du mec à côté de moi, j’ai aperçu Libro qui portait la main à sa cheville et dégainait un 357, et puis tout le monde s’est mit à tirer sur tout le monde.

 

Je ne sais pas combien de balles ont été tirés ce jour-là, il parait qu’ils ont relevé 95 impacts sur les murs, je ne sais même pas exactement combien de temps à durer la fusillade, mais à dix dans vingt-huit mètres carrés  c’était beaucoup trop. Cinq morts, trois mexicains et deux braqueurs, les autres ont réussi à s’enfuir avec une partie de la coke, une centaine de kilos. C’était beaucoup de risque pour pas grand-chose finalement. Et puis un des mexicains s’est mis à fouiller un des cadavres et là je me suis dit qu’on était encore plus que vraiment dans la merde. On était dans une merde continentale, un océan de merde.

–       Fuckin’ fuzz cabron !

Des flics, on venait de se faire braquer par des poulets ! Des poulets avec leur plaque en plus ! Pour faire passer le braquage pour une intervention si jamais les collègues rappliquaient plus tôt que prévu. Justement ils arrivaient….J’ai embarqué Libro en vitesse, il m’a confié le flingue avec lequel il avait tué un des flics et je l’ai lâché près de l’aéroport où il a pris un taxi.

 

J’ai bazardé la bagnole du côté de George W. et j’aurais sans doute fait la même chose avec le gun si Lauren n’avait pas été bloquée à son bureau. Au lieu de ca je l’ai gardé, et je suis allé cherché en urgence ma gamine chez sa nounou.  Je sais, ça a l’air fou comme ça, je venais de me sortir de justesse d’une fusillade impliquant des flics, des mexicains et des tonnes de drogue, et des flics morts en plus. J’avais sur moi une arme qui avait servis à en tuer un, et j’étais plus préoccupé par ma fille. Pour un peu j’aurais même pu me prendre pour un bon père, mais la vérité c’était pas ça. La vérité c’était que pendant un laps temps qui m’avait paru une éternité les balles avaient miaulées à mes oreilles, des coups de feu avaient éclatés dans tous les coins, des pluies de douilles m’étaient tombé sur la tête. Des types étaient tombés à côté de moi avec le crâne éparpillé ou les tripes à l’air, et que pour couronner le tout deux d’entre eux étaient des flics. La vérité c’est que depuis qu’on s’était tiré de cette maison de l’enfer, j’étais en état de choc. Et sourd d’une oreille, un acouphène terrible. Je me suis mis en mode routine dès que j’ai laissé Libro. Mais tellement largué sur le moment que j’ai cherché une place avant de lourder la bagnole. Qu’est-ce ce que ça pouvait bien faire, j’allais la brûler de toute manière. J’ai fini par me réveiller, je l’ai terminé dans un chantier abandonné derrière le stade et je suis rentré en métro.

Mina, la nounou d’Eva vit à cinq cent mètres environs de chez nous. Alors je suis passé à la maison, le temps de prendre la voiture, et comme je n’étais pas non plus complètement largué, j’ai prit le temps de planquer le flingue dans la maison.

 

Si tout ca n’avait pas été une affaire exceptionnellement merdeuse, ça aurait pu s’arrêter le lendemain quand j’avais prévu de me débarrasser du flingue.  Mais voilà que je suis appelé en extra dans un restau, Lauren me fait un peu la gueule depuis la veille, et j’ai envie de lui montrer que je veux vraiment m’en sortir. Alors je vais bosser, ca se passe bien, le gars veut que je revienne le soir, je me dis, pas de problèmes je vais me débarrasser du poochka pendant ma pause. Mais je suis pas arrivé depuis dix minutes qu’un coup de feu éclate chez le voisin.

Las Flores c’est pas un quartier forcément très calme, comme chacun sait, mais quand même c’est plus rare d’y entendre des coups de feu que des ivrognes en train de s’engueuler. Alors j’ai eu ce réflexe de voisin de regarder par la fenêtre, ce que ne ferais jamais un authentique voyou, qui ne tient pas à ce qu’on le remarque, surtout si ca se tire dessus. Et sur le moment je me suis même dit que je progressais sur la voie de l’honnêteté et de la vie en société. J’ai vu un gamin sortir en courant de la maison, il avait un truc dans la main, mais je crois qu’à cet instant mon cerveau a refusé de comprendre. Puis Eva a dit

–       C’est Stanislas ! C’est Stanislas, il a tué son papa !

J’ai regardé la petite.

–       Tu le connais ?

–       Oui, son père il est très méchant, il le tape ! elle m’a fait avec une moue de réprobation. On aurait dit sa mère commentant ma lessive.

–       Ah oui ?

–       Oui et il tape sa sœur aussi !

–       Ah bon ? C’est lui qui t’as raconté tout ca ?

Le voisin je le connaissais de vue, je le voyais pas souvent en dehors de chez lui. Il avait une tête de monsieur tout le monde all americana, avec une casquette de base ball greffée sur la tête et vingt kilos de trop, bière, bacon et hamburger. Je ne savais même pas qu’il avait des enfants, ni qu’ils vivaient ici avec lui. Comment j’aurais pu savoir qu’en plus il travaillait avec l’oncle de Libro ?

–       Oui, il m’a dit que son père il lui faisait très peur, alors je lui ai donné un pistolet pour se défendre.

 

Eva a huit ans, et depuis aussi longtemps qu’elle est en âge de marcher, c’est la combattante des causes désespérés, la défenseuse des opprimés, l’espoir de la veuve, le bouclier de l’orphelin. A quatre ans elle rossait un petit garçon parce qu’il s’amusait à  torturer un chat. A cinq elle nous harcelait pour qu’on aille aider les volontaires à la soupe pop, Lauren a été obligé de s’inscrire comme bénévole à un groupe de parole pour SDF pour lui faire plaisir. L’année dernière il n’y en avait plus que pour le Darfour. Bon dieu à 7 ans et demi ! Je savais même pas où c’était moi avant qu’elle nous saoule avec ca. Pour me moquer d’elle je l’appelle ma petite Lisa Simpson. A chaque fois elle râle, elle dit que Lisa est jaune, et qu’elle n’est pas jaune. Visiblement ça la traumatise beaucoup plus l’idée qu’elle pourrait être jaune plutôt qu’une première de classe un brin chiante.

Mais sur le moment, quand elle me balance ca, le plus naturellement du monde, c’est pas du tout à Lisa Simpson que je pense. En fait, pendant une fraction de secondes je ne pense même plus. Mon cerveau refuse de croire ce qu’il vient d’entendre, où il est instinctivement en train d’apercevoir la merde s’approcher du ventilateur à grande vitesse et il est tétanisé.

–       Tu as fais quoi ? je lui demande d’une voix rauque. Elle répète.

–       Je lui ai donné un pistolet pour qu’il se défende !

Et elle me dit ca avec un petit air, comme si j’étais mal entendant ou sénile.

–       Un pistolet ? Quel pistolet ?

Elle m’a expliqué, j’ai cru que j’allais avoir une attaque. Je suis sorti de la maison en trombe et je suis rentré chez le voisin sans y être invité. Il était par terre, dans une mare de sang mais vivant, sa fille à genoux à côté de lui, un téléphone à la main. La balle lui avait cassé la clavicule, mais il avait eu de la chance, il était vivant et conscient. La police n’allait pas tarder de toute manière. Il m’a demandé ce que je foutais là, blessé ou pas, il était dans une forme olympique. Il m’a insulté, il a insulté sa fille, il puait l’alcool, et puis il a vu que j’avais trouvé le trou de la balle dans le mur des toilettes. Et quand j’ai pris un couteau pour l’en sortir, il a pigé tout de suite.

–       C’est à toi !? C’est ton arme !? C’est toi qui lui a donné !? Fils de pute !

Mais la merde c’est qu’avant cette maison avait appartenu à un gang. Les Baleros, une bande de chicanos qui avaient aménagé une serre dans leur garage et nous avait par la même occasion amené le FBI dans le quartier. Autrement dit des impacts de balles dans cette maison il n’y en avait pas qu’un seul, je l’ai compris en n’en découvrant un autre dans une porte et je me suis souvenu de Flavio, le leader de la bande qui sortait jamais sans son 45 bien en apparence, avec la crosse en ivoire… j’ai regardé l’autre qui se foutait de ma gueule maintenant, et j’ai réalisé qu’il saignait que d’un côté, autrement dit la balle n’était même pas ressorti. La merde complète, je suis reparti, je ne pouvais rien faire pour le moment. Les poulets sont arrivés juste après. Mais c’était pas terminé, il fallait que je retrouve le flingue et le gosse moi maintenant. Pas question qu’il le perde ou qu’on lui vole, ou qu’il s’en serve encore, j’ai demandé à Eva où il pouvait être, elle a haussé les épaules. Là j’ai commencé à sentir la pression monter.

–       Nom de Dieu de merde Eva fait un effort ! j’ai hurlé.

La gamine s’est mise à pleurer, Mina est entré dans la pièce et m’a regardé comme si je lui avais retourné une baffe. Mais j’avoue que sur le moment, fille ou pas, enfant ou pas, ça m’a traversé l’esprit. L’étaler pour le compte même. Elle n’avait pas la moindre idée du nombre de personne qu’elle venait de mettre en danger par son geste, à commencer par moi-même, et je ne pouvais même pas expliquer à Mina ce qui se passait. Je ne pouvais le dire à personne. Il fallait absolument que ça reste un secret. Alors je suis parti à pied faire un tour du quartier, voir si par miracle il serait revenu sur ses pas. Mais 25 minutes plus tard je rentrais bredouille et c’est juste là qu’ils m’ont appelé

–       Vince, t’es où ?

–       Chez moi pourquoi ?

–       Faut que tu viennes, on a un problème.

–       Ah oui ?

Essaye de prendre une voix normale quand t’es en pleine montée de panique. Je ne sais pas comment Jimmy ne s’est rendu compte de rien. Je crois juste qu’il s’attendait tellement pas à ce que je discute qu’il n’écoutait pas.

–       Oui, dépêches-toi. C’est pour Ray.

L’oncle. Et on refusait rien à l’oncle, on ne le faisait pas attendre non plus. J’étais cuit.

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