Reagan airport 3

Entre Las Flores et le parc il y a Little Havana et Macéo boulevard. C’est plein de lumière, de bars, de salle d’arcade, de cinéma, l’endroit idéal où gosse je me serais paumé après une fugue. L’endroit que j’avais naturellement occulté de mon esprit parce que je pensais aux mexicains. Qu’ils devaient être en ébullition actuellement et que je n’avais pas spécialement envie d’en rencontrer un. Allez savoir ce qui se passait dans leur tête, ce qu’ils croyaient ou non. Allez savoir s’ils soupçonnaient Libro pour une raison ou une autre. C’était là-bas qu’il l’avait caché, et pas n’importe où, dans une bodéga. Une épicerie-café comme en tenaient les cubains, les colombiens, les chicanos, les portoricains qui vivaient à Little Havana et dans tous les quartiers hispanique d’Amérique. Une bodéga à l’angle de Macéo et de Market Street, qui, comme je le savais, moi et tous ceux qui vivaient entre ici et Las Flores, était sans aucun doute sous la coupe d’un gang. Mais c’était pas exactement comme si j’avais le choix. J’ai embarqué le môme avec moi et on a roulé jusque là-bas.

–       Pourquoi t’as fait ca, le planquer là ?

–       Je voulais voler quelque chose à manger, et puis les flics sont arrivé et ont commencé à faire des embrouilles. Ils m’ont dit de sortir, j’ai eu peur.

–       Ils t’ont dit de sortir ?

–       Ouais…

Il a fait le signe argent d’un air désabusé, pourquoi j’étais pas plus surpris que ca ?

–       Dis donc, Eva est pas gentille avec toi, tu parles bien anglais, t’as un accent à couper au couteau mais tu parles bien.

Il s’est marré.

–       Elle est bête votre fille, je fais exprès avec elle et elle me croit.

Petit con.

 

J’ai garé la voiture dans une ruelle entre Macéo et la 13ème et j’ai dit au gosse de rester à l’intérieur, m’attendre jusqu’à ce que je revienne avec le pétard. J’ai décidé de zoner cinq minutes avant d’entrer, reconnaitre les lieux comme qui dirait, sentir le vent aussi parce que j’avais pas spécialement envie de tomber au milieu d’une bande de mexicain nourrissant depuis 48h une animosité particulière à l’endroit des italiens et des flics en civil. Mais tout semblait calme. Deux mecs prenaient le café dehors en jouant aux dames, un vieux et un jeune tatoué avec un bandana sur la tête et un Marcel blanc sur ses gros muscles d’ex taulard. Les vitres de la boutique étaient à demi recouvertes d’affiches de lucha libre, de groupes de narco corrido, de soirées dansantes au Lucia Bawl, à l’Astoria, toutes ces vieilles salles retapées du quartier cubain. Un grand mouvement de rénovation initié par l’aile verte de la mairie, et sa représentante Carlotta Darling, la passionaria de la communauté latino de Paradise City, qui en est encore à râler sur le fait que les latinos sont discriminé par la police et à l’emploi, alors qu’ils sont majoritaires en ville et dans toute la Floride. Réhabilitons notre patrimoine, elle avait lancé, on fera des économies et c’est écologique. Résultat des millions avaient été versé à des entrepreneurs comme Vega pour retaper ce qui restait de l’ancien Paradise City, quand tout ce coin n’était encore qu’un village de pécheur paumé sur le versant nord-ouest de l’état. Quand personne n’avait encore fait fortune avec le pétrole irakien, et surtout quand personne n’avait encore découvert de pétrole au large… Je me demande si elle sait que l’ancien cinéma qu’est l’Astoria sert de salle de concert à des musiciens de gang.

–       Vinny ?

J’allais rentrer dans la boutique quand j’ai entendu quelqu’un m’appeler. Je me suis retourné et je suis tombé nez à nez avec Frank, le chauffeur de Ray. J’étais mal.

–       Oh… salut Frank…

Mais qu’est-ce qu’il foutait nom de dieu de merde dans ce putain de quartier !?

–       Qu’est-ce que tu fous là ? T’as pas livré le camion ?

Ouais… j’étais vraiment très mal.

 

Faut voir les choses comme ca, on ne travaille pas pour la mafia, jamais, on lui appartient et elle vous fait éventuellement travailler. Quand on commence à graviter dans ce milieu c’est même la première chose qu’on apprend. A être à disposition, à se comporter exclusivement que comme une main, un outil, et même à le revendiquer. Au nom du respect. Très important ca, le respect. Désobéir à un ordre par exemple c’est un grave manquement au respect. Quand on a été fait, comme on dit, qu’on est un membre, un « affranchi » comme ils disent au cinéma, un « homme d’honneur » et pour peu qu’on soit bien vu, on peut s’arranger. Exceptionnellement un chef voudra bien entendre les doléances de son soldat, et exceptionnellement les autres arrangeront une réparation. Mais c’est exceptionnel donc. En général le type s’en tire au mieux avec une volée. Alors quand un non-affranchi ose désobéir…

 

Ray se tenait devant moi, avec sa tête à casser des murs, qui tapait du pied, bottes western à bout argenté et aigle bleu… il attendait une explication. Je n’ai pas eu le choix, Frank m’a poussé dans la bodéga, pile celle où j’allais me pointer la gueule enfariné pour ramasser enfin ce satané flingue. Ray était à l’arrière, avec des mexicains qu’on aurait dit sorti d’un concert de Mariachi, grosse bachante et pantalon western. J’ai tout de suite capté et je me suis maudit. Comment j’avais pu être aussi con ? Après un accident pareil, quand on est au milieu d’une embrouille avec ses partenaires en affaire, la première chose qu’on fait, c’est de venir s’expliquer. S’assurer les uns et les autres qu’on est pour rien dans ce braquage. C’était pour ca que Ray était là, et à juger par la tête des autres, tout le monde s’était entendu avec tout le monde. Ray leur a glissé un mot, un des mexicains lui a montré une porte, on est rentré dans une espèce de sellier à viande. Ray, Frank, et moi au milieu des saucisses.

J’ai fait comme avec Libro et le chauffeur, je lui ai sorti l’histoire de mon père. Je me suis excusé platement, et je lui ai raconté par le menu la promesse que j’avais fait à feu mon cher papa de ne plus marcher dans les magouilles. Je lui ai raconté que j’apprenais un métier aussi, que je voulais devenir cuisinier, que ca serait jamais aussi bien et aussi cool que d’avoir plein de pognons dans les poches et faire la loi entre deux rues de Paradise City, mais au moins j’honorais ma parole. Je les avais sérieux à zéro, total flippé même. Ray me fixait comme s’il s’imaginait en train de me travailler à la perceuse, et c’est peut-être bien ce qu’il faisait. Frank aussi me regardait. On aurait dit un gros chien fatigué Frank. Un gros chien fatigué qui regardait un poulet déraisonnable. J’ai parlé vite, sans faire semblant de ne pas avoir la trouille, jouer les hommes qui affronte leur destin debout les yeux dans les yeux. J’ai parlé sans reprendre mon souffle pendant bien dix minutes. Enfin il y a eu un silence, le plus long et le plus terrifiant silence de toute mon existence. Frank pouvait me briser la nuque sur place, les mexicains s’en fichaient complètement. On sortirait mon cadavre par derrière roulé dans un bout de moquette et je terminerais quelque part dans les marais à la sortie de la ville, nourrir les alligators. Mais finalement Ray a fait :

–       Pourquoi tu n’as rien dit bon Dieu !?

Sacré enculé de daron. Il m’avait servi à rien pendant 28 ans, et maintenant qu’il était mort ca faisait déjà deux fois dans une soirée qu’il me sauvait le cul. Ray aussi elle lui avait plu mon histoire, il comprenait très bien même, il avait le plus grand respect pour son propre père, qui était justement mort d’un cancer il y a deux ans, comme le mien… C’est Frank qui m’a raconté ca plus tard en me raccompagnant dehors. J’ai remercié le ciel d’être avec des mafiosi sentimentaux et je suis retourné à la bagnole, sans le flingue. Devines quoi ? Le gosse s’était barré.

 

Je l‘ai déjà dit, c’était pas lui qui m’intéressait en premier, et je ne pouvais pas revenir dans cette boutique comme ca, tout de suite… Mais il se trouve que je suis père de famille. Il y a une dizaine d’années de ca j’aurais rien fait du tout. Je me serais coincé dans un diner ou un rade en haut de Macéo, en me rongeant les ongles et je serais revenu sur mes pas en priant pour que Ray et les vieux mexicains se soient barrés. J’aurais pas fouiné Il n’y a qu’un père de famille qui peut comprendre ca, surtout s’il a eu le même genre d’enfance que moi. Tu peux pas juste te dire, rien à foutre que ce gosse aille se faire pendre j’ai assez d’emmerdes comme ca. Juste faire comme si tu savais pas qu’à 13 ans dans ce quartier c’est comme de balader une chèvre dans une cage à tigres, et que t’as bien vu dans les yeux du gamins que même avec l’air de petit dur qu’il voulait se donner, il était pas taillé pour ça. Moi, la première fois que je me suis fait tabasser par un gang de jeune j’avais tout juste 10 ans. Je suis rentré en chialant et pendant des mois j’ai évité de repasser par là où ils m’avaient tabassé. Il a fallu que j’attende 5 ans et quelques centimètres de plus pour oser répondre coup pour coup. Alors j’ai pris ma bagnole et j’ai zoné dans le quartier, il pouvait pas être très loin.

 

Mais en fait si. Pendant que je le cherchais, Lauren était avec lui et Eva, direction la maison. Elle avait eu plus de bol que moi, et eu plus de jugeote aussi. Elle avait fait les salles d’arcades du quartier une par une en donnant la description du gamin. Quelqu’un lui avait dit qu’il venait de le voir sortir d’une rue en courant. Elle la trouvé planqué dans un coin, flippé comme s’il l’avait vu le diable. Il lui a raconté qu’il venait d’avoir encore une embrouille, avec un macro… ce gamin était un aimant à emmerdes et je le savais même pas. Toujours est-il qu’au bout d’une heure à zoner dans tous les coins de Little Havana jusqu’à Petite Haïti et ses squats pourris, j’étais toujours comme un gland. Je me suis donc gentiment dit que je pouvais revenir sur mes pas, et aller enfin chercher ce putain de gun. Derrière les boites de céréale il m’avait dit… Quand je suis rentré pour la deuxième fois de la soirée dans cette boutique, après m’être assuré que la caisse de Ray n’était plus là, personne n’a eu l’air de me reconnaitre ni même de faire gaffe à moi. Et pour cause, ils avaient un truc super sur quoi se concentrer… un 357 Taurus trouvé au rayon céréale. Un des mecs le tenait dans la main, hilare, et le montrait aux autres. Ca baragouinait sec avec l’accent qui traine et l’argot spanglish, d’après ce que je comprenais ils n’avaient pas la moindre idée de comment il avait atterri ici, mais ils s’en fichaient. Le dénommé Tony qui l’avait trouvé, comptait bien le garder pour lui et l’enfila dans son futal sous son Marcel blanc. Ouais le même Marcel blanc que le gros musclés d’ex taulard qui pas plus tard qu’il y a une heure jouait aux dominos avec le vieux derrière le comptoir. Vu que c’était lui… J’ai fait mine de trainer dans la boutique, comme si je cherchais un truc précis, jusqu’à ce que le gus ait fini de rigoler avec ses potes et qu’il sorte. D’autres mecs l’attendaient dehors dans une décapotable mauve et verte pomme métallisée. Des clones à lui sûrement… tatouages, muscles, Marcel, bandana, pas la moindre idée à quel gang ils appartenaient et j’avais pas envie énorme de faire leur connaissance. Mais j’avais pas exactement deux cent options non plus. Je les ai suivi. Et c’est comme ca que je me suis retrouvé un peu plus dans la merde, ou, pour être tout à fait exact à l’endroit même où elle se fabriquait journellement, la source on pourrait dire : El Banana.

 

El Banana c’est historiquement le premier quartier de la ville à avoir été bâti. Sur une ancienne bananeraie comme son nom l’indique. Un an environs après que Zimmer et ses copains en affaire décident d’investir leur fric dans la construction d’une ville nouvelle. Six mois après qu’on ait découvert un gisement à une trentaine de bornes au large, face à ce qui n’était encore qu’un village oublié de la côte ouest de la Floride. En à peine deux mois, une trentaine de tours sont sorti du sol et on les a remplis avec des ouvriers du pétrole. 20 ans plus tard, elles sont toujours là, au sud d’East Eden, totalement pourries, taggés, peuplées de familles trop pauvres pour aller ailleurs, rongés par la came, le trafic et la présence d’au moins 5 gangs différents qui régulièrement se tire dessus en pleine rue. Tu sors de South Central, East Boston, du sud du Bronx et t’arrives en Floride en pensant que tu pourras jamais connaitre pire et que l’enfer c’est chez toi, t’as rien vu si t’as pas passé 24h de ta vie à El Banana. Des fusillades, des morts, par overdose, balle, coup de surin, après une bagarre, il y en a tous les jours. Un étudiant en statistique de l’Université de Floride a parait-il calculé qu’il y a environs un meurtre toutes les six heures entre cette trentaine de tour. Mais les flics, les pompiers, ne viennent plus depuis longtemps. Pas plus tard que ce mois-ci la municipalité s’est pris la tête avec le chef de la police à cause du scandale du 103. Un appartement dans une des tours où se trouvait depuis plus de deux semaines deux cadavres signalés, tués par balle, et que personne n’était allé chercher. Les habitants de l’immeuble ont fini par cramer les corps dans une des arrière-cours, on a retrouvé leur reste dans une décharge… Depuis il parait que les patrouilles ont timidement recommencé, mais je sais bien qu’en réalité il ne se passe rien. Un guetteur prévient les gangs dans la cité et refile une enveloppe aux poulets pour qu’il passe leur chemin. Ca devient même un boulot à responsabilité maintenant, guetteur. Les gars ont tous parait-il trois à quatre cent dollars en cas où les flics liraient les journaux et auraient l’ambition de mettre El Banana au pas. Autant dire que j’étais pas super chaud pour entrer là, surtout avec ce que je comptais faire.

Je vois mon gars descendre de la caisse et commencer à taper la discute avec les mecs en bas de la tour. Ils se marrent bien, ils échangent un spliff ensemble, deux, trois taffes et puis mon gros est rentré dans la tour. J’arrive un peu après et je vais voir direct les mecs comme si je connaissais le prénom de leur mère, où est Tony je demande comme s’il n’y avait qu’un seul Tony dans toute cette putain de ville. Ils m’ont regardé comme tous les dealers du monde quand ils rencontrent une nouvelle tête et m’ont sorti leur phrase fétiche de ces moments-là, « t’es qui toi t’es un flic ? » Je me suis mis en pétard direct.

–       De quoi ? tu m’insultes fils de pute !? Tu me traites de poulet !? T’es qui toi enculé !?

J’étais hors de moi. J’avais pas trop besoin de jouer la comédie, c’était bien le cas. J’étais au milieu d’une des pires cités d’Amérique, à la recherche d’un flingue qui avait tué un poulet et pouvait très bien me faire tuer moi-même, et j’étais en train de négocier avec des putains de dealers, tous armés qui me testaient comme si j’étais leur nouveau cli de l’heure ! C’est pas que je stressais, je frôlais le saignement de nez. Il fallait absolument que je mette la main sur ce Tony de merde et le flingue qu’il m’avait embarqué. Mais je savais que j’avais exactement la bonne attitude. J’avais déjà vu ce genre d’embrouilles dans le passé. Il y a des gars pour qui être assimilé à un flic, même pour rigoler, même pour tester, c’est comme si tu insultais leur mère. Les mecs m’ont dit de me calmer parce qu’ils ont vu que j’étais sérieux mais je décolérais pas, je voulais juste savoir si Tony était là ou non putain de ta mère.

–       Mais putain quel Tony pendejo !?

–       Le gros tatoué de Market Street qui va venir vous botter tous vos culs si le jefe l’a pas au tel dans dix minutes bande d’enculé de vos mères !

Qu’est-ce que j’en savais moi quel Tony ? Mais faut croire que de parler de Market Street ca les a motivé d’un coup. Il était au 12ème chez Lala, appartement 125B.

 

J’ai vu des trucs dégueulasses dans ma vie, des trucs vraiment chien. Rien qu’en taule… j’ai vu des mecs se faire tabasser à mort par 22 autres, j’ai vu des gamins regarder leurs parents se shooter, tout en sniffant de la colle à même pas neuf ans. J’ai vu une fille se faire prendre dans une tournante et violée à la chaîne par 10 mecs. J’ai vu un taulard se faire enculer à coup de lame, une lame spéciale, fabriquée pour l’occasion, avec des dents. J’ai vu un SDF brûlé vif par des gamins qui s’emmerdaient… Mais en fait j’avais rien vu.

J’ai frappé à la porte de l’appartement 125B comme un bon voisin venu demander un peu de beurre. Un mec m’a ouvert avec la chaine, et tout de suite une odeur m’a sauté à la gueule. Une odeur de cul. Une odeur de cul, de sperme, et de renfermé. J’étais pas là pour la discussion, j’ai donné un grand coup dans la lourde et j’ai braqué le mec. J’ai braqué le mec, je l’ai poussé dans la pièce d’à côté et j’ai braqué toute la pièce d’à côté. J’ai hurlé, je leur ai dit de mettre leur gueule par terre, j’ai demandé où était Tony, je suis passé dans la deuxième pièce Tony était là qui remettait son pantalon, je lui ai hurlé dessus, je lui ai demandé où était le flingue, il m’a demandé quel flingue, j’ai continué de gueuler, le flingue bordel de merde qu’il avait trouvé rayon céréale connard !

–       C’était à toi ?

Là il s’est mis à rire, et tous les autres avec lui, tous à se marrer, et sur le moment ca m’a tellement choqué que j’ai fait un pas en arrière et que j’ai renversé un truc. J’ai regardé ce que c’était, une caméra sur un pied. C’est seulement à partir de ce moment-là que j’ai réalisé où j’étais tombé. Il y avait quatre fillettes effrayées par terre, près d’une femme d’âge mûre qui me jetait des coups d’œil furieux, la seule qui ne riait pas. Des fillettes entre 5 et 12 ans grand maximum. Des asiatiques, peut-être philippines, j’ai levé les yeux, la partenaire de Tony ne devait pas avoir plus de 10 ans. Ils l’avaient maquillé en pute, habillé en pute, latex noir et combinaison à zip sur mesure. Celle-ci avait les yeux un peu vitreux du camé, elle me regardait sans me voir, son maquillage avait un peu coulé, une autre caméra filmait toujours… Mais moi non plus je ne la voyais pas, je voyais Eva, ma gamine, je la voyais à sa place, je la voyais comment elle pourrait finir si j’étais pas foutu de me sortir de toute cette merde, si j’étais pas fichu de l’élever.

–       Mais putain qu’est-ce que… j’ai fait, la femme s’est mise à gueuler à son tour.

–       Cabron ! Donnes lui son foutu flingue Tony qu’on en finisse !

–       Ah, ah, ah, ah, pissait de rire Tony, mais je l’ai plus son flingue, c’est Pépé qu’il l’a ! Ah, ah, ah, ah !

J’avoue, j’ai pété les plombs. Et même pas père de famille je crois qu’on peut comprendre. J’ai dit aux gamines de sortir, je leur ai dit de sortir vite, j’ai gueulé même, j’ai attrapé celle sur le lit par le bras, c’était pas gentil, c’était pas plein de compassion, c’était casses toi, casses toi vite. Et quand elles sont sortis, j’ai foncé sur Tony qui se marrait toujours et je lui ai retourné la gueule avec mon pied.

–       Pépé ! Il est où Pépé !?

–       Ah, ah, ah, ah, mais j’en sais rien il est où moi ! Ah, ah, ah, ah, si ca se trouve il se fait sucer lui au moins, ah, ah, ah, ah !

Il avait la gueule en sang et il se marrait. Et tous les autres se sont mis à rigoler. J’ai vidé mon chargeur.

J’ai tué Tony, j’ai tué la maquerelle, j’ai tué un client, mon chargeur était vide, je me suis barré en courant.

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