Reagan airport 4

Et maintenant je devais me débarrasser de deux flingues, et je n’avais pas la moindre idée où était le premier. Putain de merde d’enculé de ta mère.

 

–       Vince ? T’es où ?

–       Comment ça je suis où ? Qu’est-ce que ça peut te foutre je suis où ? j’ai hurlé sans reconnaître Libro.

–       Eh oh, doucement Vinny, qu’est-ce que tu as ? C’est d’avoir vu Ray qui t’as mis dans cet état ?

–       Oh merde… pardon Libro, excuse-moi, ouais… non je me suis pris la tête avec connard, j’ai improvisé.

Putain c’était un don naturel chez lui ou quoi de tomber toujours quand fallait pas ?

–       Ouais, ouais, bin soit cool mon pote, j’ai besoin de toi là.

–       De moi ?

J’essayais d’avoir l’air le plus normal possible mais très franchement j’étais aussi crédible qu’un postiche sur une chimiothérapie.

–       Ouais putain, amène-toi.

–       Qu’est-ce qu’il y a ?

–       Cherche pas putain ! Amène-toi.

Il avait l’air tendu, j’ai pas insisté, de toute façon au point où j’en étais…

Je sais pas bien où se trouvait Jimmy mais il était pas là, et j’ai pas demandé. Dans ce milieu tu poses pas de question. Tu sais pas, t’as pas à savoir, sauf si on veut te le dire. Ça se fait pas de se mêler. J’ai fermé ma gueule et j’ai conduit Libro et son gorille Louis, à son rendez-vous. Un strip, une boîte à Taliban Plaza

 

Pour comprendre cette ville, comprendre comment ça se fait qu’on est la seule ville des Etats Unis avec un quartier afghan, il faut remonter jusqu’à la 1ère Guerre du Golfe. A cette époque-là, toutes les grosses légumes républicaines de Floride s’étaient dit « parions sur Senior, il va nous amener l’Irak sur un plateau ». Hussein sortait tout juste de sa guerre contre les ayatollahs, il était au plus mal. Un coup de fil aux copains saoudiens, vendez la dette de l’Irak aux koweitiens et on double les intérêts. Hussein pique une crise, il est acculé, il fonce droit devant comme d’hab et paf, roulements de tambour, la quatrième armée du monde, Hitler sent la harissa, le monde libre au secours des opprimés. Les vieux républicains du coin se disent, chouette on va s’en mettre plein les poches et ils rachètent une ou deux entreprises du bâtiment, on va devoir reconstruire, rachètent des parts dans l’industrie pharmaceutique, on va devoir soigner, investissent dans l’agro-alimentaire, on va devoir nourrir… Ils ont même racheté une usine de prothèses ! Mais finalement la guerre est pliée en à peine un mois. La 4ème armée du monde a rencontré la 1ère, pas de bol… mais Senior ne veut pas aller jusqu’à Bagdad, il ne veut pas déloger Hitler en babouches. Et ses amis sont furieux. Les voilà avec une tonne d’actifs dont ils n’ont que foutre, trop tôt pour les vendre, trop tard pour tout le fric dépensé, et pendant ce temps leur grand copain le président s’est fait des couilles en or. Un an avant la guerre il a vendu ses exploitations koweitiennes et il a empoché un milliard de dollars. A mon avis à ce moment-là ils ont dû penser lui refaire le coup de Kennedy. Ça aurait pas été compliqué à l’époque de trouver un chiite pas trop gazé et de lui faire porter le fusil et le chapeau. Mais heureusement on a découvert du pétrole au large, un gisement fabuleux, le plus grand du Golfe à ce jour à ce qu’ils disent. Et les grosses légumes investissent direct. C’est pour cette raison qu’au début, les écoles de la ville étaient toutes sous contrat avec KBR et que les pharmacies vendaient uniquement des produits Johnson & Johnson. Cela étant, le pétrole c’est bien, ça attire le business, mais pas les touristes. Et les touristes c’est quand même la Floride. Orlando, Disneyworld, Miami. Palm Beach, les boîtes de nuit, les filles, Tony Montana… la Floride sans les touristes, sans ces centaines d’étudiants qui viennent chaque année se défoncer pendant le Spring Break, bah c’est pas grand-chose. Paradise vivote pendant quatre ou cinq ans, les grosses légumes sont pas très douées pour les distractions de masse, El Nino leur coûte des ronds, et soudain, 11 septembre… le jackpot sublime. Ça fait 12 ans qu’ils se gavent et que leur ville en profite. Elle n’a pas poussé comme un champignon, c’est comme si elle avait proliféré. 12 ans que les guerres ramènent dans leurs bagages des réfugiés pachtounes, des rebelles chiites, des malfrats pakistanais, des émirs sunnites, des bombardés du Kurdistan et de Bassora, ardemment soutenus et défendus auprès de l’immigration par des associations démocrates et des sénateurs républicains… Tout ça, tout ce petit monde concentré sur un kilomètre et demi, au sud du quartier cubain, dans la direction du stade George W. à à peine 500 mètres de la mairie. En fait on ne peut pas dire qu’il soit véritablement afghan ce quartier, mais ils dominent, leurs femmes se promènent en tente indienne, les gars portent parfois le cache-pot, souvent la barbe. Excepté que c’est des afghans, des bagdadis des pakistanais libres eux. Qui ont fui la guerre et la dictature des mollahs, c’est pour ça sans doute qu’ils se sont si bien adaptés. Ouvert des kebabs, des centres d’appels, des boîtes de striptease, des salles de jeu clandestines, et que les pakistanais rentrent paraît-il des tonnes de came. Pour ça aussi qu’à deux blocs de la boîte où on rentre il y a une mosquée plus tape à l’œil qu’une pub pour Las Vegas, offert par l’émir du Qatar s’il vous plaît, et qui doit être visible depuis la lune tellement elle brille.

Et parce que les mecs qui tiennent cette boîte ont une imagination délirante, ça s’appelle l’American Shéhérazade.

 

A l’intérieur, c’est le rassemblement de toutes les lesbiennes wannabe, apprenties cheerleader, chanteuses de country en route vers la gloire, étudiantes en anthropologie « je paye mes études mais plus tard je serais exploratrice », seins siliconés, cuisses de gymnaste cheveux décolorés, tatouages, piercing. Le barnum habituel sur cube de plexis bleuté avec rétro-éclairage, miroir, pole danse, boules disco, et fond sonore pop rock année 80, Bon Jovi et ses cheveux… La boîte est tenue par des pakistanais voyants comme des Rolex volées, mais je savais que comme 50% de Taliban Plaza, elle appartenait en réalité aux russes.

C’était le début de soirée, il n’y avait pas encore trop de monde, quelques filles au visage fatigué, avec des  seins-ballons, et le regard déterminé du requin blanc, dansaient en exagérant leur cambrure. Un groupe de jeunes irakiens à la sauce ketchup rigolaient entre eux en bavant devant une black bâtie en forme d’avion de chasse, puis j’ai vu Ray, qui attendait avec Frank, debout l’air constipé, et là je l’ai remarqué. Le mec assis devant eux. Je me souviens même m’être demandé où je l’avais déjà vu, à la télé ? Je savais que c’était un flic, je le savais à sa gueule, à son sourire à la con. Son sourire de crocodile.

 

Libro le connaissait lui aussi apparemment, et il ne faisait pas semblant de l’apprécier. Il nous a fait assoir sans quitter son sourire, Ray est resté debout. Le poulet nous a recommandé les mojitos, il paraît qu’ils assuraient les paki question mojito. Je me suis dit pourquoi pas, en Amérique tout est possible, mais j’ai rien commandé, Libro non plus, et son garde du corps il s’est juste occupé de faire comme d’hab, rien mais avec l’air méchant.

–       Les gars, j’ai un problème, il a commencé par dire, il y a 48 heures, une de mes équipes est allée rendre une petite visite à des mexicains, et ça s’est pas bien passé. Deux de mes gars sont morts, un autre est à l’hôpital. Les mex étaient plus que prévu, il y avait d’autres types avec eux, pas des mexicains…

–       Mes condoléances, a fait Libro sobrement.

–       Ouais, mes condoléances mon cul, il a répondu en perdant le sourire, la maison était louée par le 187 qui dépend de la émé, qui a fait alliance avec le Cartel del Norte avec qui, Ray, ton cher oncle, et toi-même êtes en affaire.

Ray a rien dit, il juste fait une petite grimace. Mais je savais qu’il avait qu’une idée en tête, lui bouffer le foie.

–       Sympa votre film, il sort quand ? J’ai dit.

Le pandore m’a regardé comme s’il allait me buter.

–       Toi la tapette ferme ta gueule ! Il a aboyé avant de se retourner vers Libro. Je sais qu’une fois par semaine minimum tu vas choisir ton lot, je sais que la came arrive par les Caraïbes et qu’elle ne transite pas par la Nouvelle Orléans parce que les mexicains ont un fortiche avec eux. Je sais que ce n’est pas vous qui assurez ni le transport ni le stockage mais que vous distribuez 30% de tout ce qui rentre. Et je le sais parce que tant que vous faites pas de vagues on enregistre mais on dit rien.

Il a fait une pause, le temps de nous laisser digérer, il se trompait sur les chiffres mais il savait beaucoup de choses en effet. Il a bu une gorgée de son mojito, a ajouté.

–       Tu vois ici, notre politique, c’est de dire « gardons-nous de nous débarrasser de tous les criminels, il en viendra d’autres et ceux-là on ne les connaîtra pas. ». Puisqu’on ne peut pas vous empêcher d’agir, autant savoir à qui on a à faire et agir en conséquence. C’est une politique gagnant-gagnant, pour nous comme pour vous finalement, on attrape deux de vos membres, quatre restent en liberté, et Ray et mes patrons peuvent dormir tranquilles. Maintenant, franchement dis-moi qu’est-ce qui se passerait si tout ça changeait, si quelqu’un disait à cause de cette histoire, de mes deux hommes morts au champ d’honneur, que tant pis pour la suite il faut se débarrasser de vous tous ? Tu crois que ça plairait à la Famille de savoir que t’as foutu un bordel pareil ?

Libro a souri, comme s’il savourait d’avance ce qu’il allait lui mettre.

–       Oui, comme dit mon ami tout ceci est un bon film mais si vous aviez l’ombre d’autre chose qu’un scénario on serait pas là en train de papoter. Je me trompe capitaine ?

Le flic a contre-attaqué.

–       Un de mes gars a reçu une balle de  357 en pleine figure, et on a relevé dans les murs 4 autres balles de 357 provenant de la même arme. Cette après-midi un certain Iacov Ledski qui, en plus d’être l’employée du mois du Japonais se trouve être le voisin du petit pédé, s’est fait tirer dessus par son fils. Le pétard et le gamin ont disparu mais mon petit doigt me dit que le petit pédé le sait très bien…

J’ai essayé de prendre l’air le plus naturel que j’ai pu.

–       Putain mais c’est quoi ces conneries ? Je sais même pas de quel voisin il parle !

Mais je voyais bien à la tête que faisaient Libro et Ray que le flic était en train de marquer des points. En même temps, je pensais, putain de ta mère le Japonais et j’ai compris pourquoi il nous avait donné rendez-vous ici.

–       Ah ouais ? C’est sûrement pour ça que je t’ai vu à l’hôpital, tu visitais ta vieille mère… ou alors c’est que t’étais venu chercher la balle qui a touché notre bon vieil ami Iacov, justement celle que les médecins ont extraite mais qu’ils ont bêtement perdue…

Soudain je me suis souvenu d’où j’avais vu sa sale gueule de poulet. Cette fois tout le monde me regardaient.

–       Qu’est-ce qui raconte ? a grogné Libro.

–       Mais j’en sais rien moi, il cherche à nous embrouiller.

Le Japonais putain… mais qu’est-ce que j’avais fait dans une vie antérieure pour mériter ça ? C’était qui le mec avant moi, Adolf Hitler ? Putain de ta mère le Japonais, je comprenais mieux pourquoi Ray tenait tant à mettre la main sur le môme et le flingue. Merde, tout ce cirque pour un chauffeur, j’aurai dû me douter…. Victor Illich Iaponsky, dit le Japonais à cause de son nom, dit aussi dans son pays le Crochet, et je veux pas savoir pourquoi. Le boss de Brighton Beach, le pape de Little Odessa, le patron des vory v’ zakone pour toute la côte est des Etats-Unis… Et accessoirement le blanchisseur en chef de la Famille Gambino… donc de Ray…

–       Va savoir, a fait le flic en retrouvant le sourire. Va savoir si je sais pas de quoi je parle, si j’étais pas à l’hôpital justement à cause d’un de mes hommes, si j’ai pas discuté avec mon ami Iacov. Va savoir quand ce pétard va refaire surface maintenant qu’il a disparu… Tant de questions dont on aura peut-être jamais la réponse… moi je sais juste une chose, mes gars ont ramassé 100 kilos de coke et ont risqué leur vie pour ça. J’ai un mec qui pourra peut-être plus remarcher normalement et deux veuves avec orphelins, moi je trouve que ça mérite compensation. Le prix de cent kilos de coke sur le marché par exemple…

Environs trois millions de dollars, ce pourri était en train de nous racketter avec notre propre marchandise !

–       Et vous allez payer. Vous allez payer pour la tranquillité des ménages. Vous allez payer parce que même si on retrouve jamais ce putain de flingue, s’il faut fabriquer des preuves pour vous coincer on le fera, et vous le savez, et on nous donnera raison, quoiqu’il se passe. On est des flics, on est la plus puissante mafia de ce pays, on est la loi.

 

Comment expliquer l’ambiance après ça ? J’avais monté un char à Ray, le même char que je montais à Libro depuis des mois, et un putain de poulet l’avait remis en question rien qu’en me voyant au mauvais endroit. Bon, certes, c’était la parole d’un flic contre la mienne. On savait tous comment étaient ces enfoirés. Mais justement. On savait parfaitement qu’il avait raison, qu’ils fabriqueraient des preuves s’il fallait et que les flics pourris sont les pires. Ray n’a rien dit en sortant, il ne m’a même pas regardé, il est monté dans sa bagnole avec Frank et ils nous ont laissé là. Libro s’est approché, il m’a pris gentiment par le cou comme s’il voulait me serrer contre lui et il m’a dit :

–       Tu sais je pense que ce flic nous raconte des salades. Je pense qu’il ne sait pas pour ton papa, que c’est à cause de cette promesse que t’as faites que t’es pas allé à Miami comme Ray te l’a demandé… Pas pour mettre la main sur cette balle, pas pour retrouver ce pétard. Tu es un garçon intelligent. J’ai pas raison ?

–       Euh… si…

–       Voilà, alors tu vas gentiment rentrer chez toi, et tu vas attendre qu’on t’appelle, parce que t’es un garçon intelligent et que tu t’es débarrassé du flingue. On t’a assez embêté comme ça, t’as pas besoin de vadrouiller en ville avec tous ces flics qui nous en veulent, t’as fait une promesse à ton papa…

J’ai dit oui, j’ai obéi, j’étais mort.

 

J’ai trouvé le gamin sur le canapé du salon, devant un dessin animé avec Eva. Lauren était dans la cuisine à préparer le repas. Je puais le bouc, j’étais épuisé, je venais de passer la pire journée de mon existence et je regardais cette image idéale d’all american family à me dire qu’il fallait que je me souvienne de cet instant parce que j’allais sans doute tout perdre. J’étais probablement recherché par les dealers d’El Bananas et leurs copains pédo qui devaient très certainement bosser pour la émé parce que c’est la émé qui importait les jaunes sur la côte est. La émé, la MM, la Mexican Mafia… l’un des plus gros gangs des Etats Unis. Et en ce moment même, Ray ou Libro devaient être en train de poser des questions à droite à gauche pour savoir si je mentais, pour savoir comment ce putain de flic pouvait en connaître autant sur nous. Sans compter le russe. Qu’est-ce qu’il pensait de cette embrouille le russe ? Qu’est-ce qu’il allait croire s’il apprenait que ce flingue compromettant avait fini dans la bicoque d’un de ces hommes ? Ouais, je pouvais enregistrer cette image d’Épinal et m’en souvenir pour le moment où je serais au bord d’une fosse. C’était même tout ce que je pouvais faire.

 

Lauren m’a raconté ce qui s’était passé avec le gosse, je lui ai demandé si ça allait, il m’a répondu que oui, il m’a demandé si j’avais retrouvé l’arme, j’ai dit oui, je voyais pas l’intérêt d’inquiéter tout le monde.

J’ai pris une douche, j’arrivais pas à me retirer de la tête le regard de cette gamine en latex. Ce monde était sale et vicieux. Des immigrants clandestins qui payent leur voyage en vendant leurs gamins, des gamins qui finissent dans des pornos filmés dans des tours pourries d’une cité américaine, et avec un peu de bol ne termineront pas leur vie comme bidoche dans un snuff movie. Un trafic qui générait des milliards de dollars, porno pédo, esclavage, trafic d’êtres humains. Organisé par les mêmes mecs avec qui on travaillait, et moi au milieu de tout ça, tout en bas sur l’échelle alimentaire, qui essayait de ne pas devenir fou. Qui essayait de quitter ce monde dégueulasse où rien n’avait de véritable valeur, pas même les billets qu’on rentrait. C’était juste un moyen, un moyen pour se faire encore plus de fric. Pour avoir encore plus de pouvoir. Pour offrir un manteau de fourrure à sa femme et à toutes ses maîtresses, et manger à l’œil dans les meilleurs restaurants. Pour payer un bal de charité en l’honneur des vétérans d’Irak et d’Afghanistan, serrer la pince au maire, au gouverneur, à toutes les huiles de l’état et piquer le marché des ordures à des entreprises honnêtes qui auraient coûté trois fois moins cher à la communauté si monsieur le sénateur n’était pas justement en campagne pour sa réélection, à la recherche de fonds…. Notre système politique et notre culte de la réussite et de l’argent a officialisé la corruption, il lui a donné un sens, une justification, il l’a institutionnalisé. En Amérique l’argent peut tout, doit tout. Un type massacre sa femme, le juge fixe sa caution à trois millions de dollars parce que le mec peut payer. Il ressortira libre en attendant son procès. L’état gagne de l’argent, les avocats gagnent de l’argent, et comme le type en a, qu’il va se payer les avocats les plus retords du pays, il pourra multiplier les recours jusqu’à la Cour suprême, s’il veut. Regardez O.J Simpson, s’il s’était pas encore barré en couilles, s’il avait pas fait ce braquage, il serait toujours libre, et grâce à quoi ? Une paire de gants taille fillette et 20 millions de dollars de gains.

Et pour ça, pour que ce merveilleux rêve puisse continuer, pour que nous continuions de croire que l’argent achète tout même ce qui n’a pas de prix, même la vie d’un homme, des petites filles de 10 ans se font baiser par des chicanos dans des pornos clandés.

 

Ce soir je détestais ma vie. Je détestais tout ce que j’étais, tout ce que j’avais fait ces dix dernières années, toutes les saloperies que j’avais vues ou faites. Je détestais Libro, cet enfoiré de Ray, ces putains de mexicains, toute la putain de famille des ritalomerloques depuis Al Capone.

Je suis sorti sur la terrasse me fumer une cigarette, Lauren m’a rejoint. Elle sentait que quelque chose n’allait pas mais elle ne m’a rien demandé. Elle s’est simplement blottie contre moi et on l’a fumée ensemble, en silence, en regardant le ciel, et ce qu’on pouvait apercevoir des étoiles. Peut-être qu’elle était comme moi, qu’elle sentait que tout ça, ce genre de moment, ça allait imploser et qu’elle essayait de se souvenir de cet instant pour plus tard, pour quand il n’y aurait plus rien. Je ne lui ai pas demandé, je ne sais pas. Je crois que j’avais juste peur et que je ne voulais pas le montrer. Eva est arrivée en catimini, comme une petite souris qui avait peur de réveiller le chat.

–       Papa y’a un monsieur qui regarde dans la maison, elle a chuchoté.

J’ai sursauté, Lauren m’a regardé, je lui ai fait signe d’aller dans la cuisine avec la petite et je suis parti voir.

–       Stan… Stani… j’ai soufflé au gamin.

Il s’était caché derrière un fauteuil, il regardait la fenêtre du fond. Il m’a jeté un coup d’œil inquiet, je lui ai fait signe de pas bouger. Je n’avais plus de flingue dans la maison, celui dont je m’étais servi dans la tour, je l’avais balancé dans un caniveau avant de voir Libro, alors je suis allé prendre un couteau dans la cuisine. Eva a voulu dire quelque chose mais sa mère lui a fait signe de se taire, je suis sorti en faisant le tour de la maison. J’ai vu une silhouette près de l’arbre devant la maison, j’ai reconnu celle de Louis, le gorille de Libro, c’était pas compliqué, à part les poils, il avait tout d’un orang-outan. J’ai essayé de pas paniquer.

–       Louis ? Qu’est-ce que tu fous là ?

Il s’est retourné, il m’a regardé et sourit comme si j’étais la dernière personne qu’il s’attendait à voir ici. Cet enfoiré ne jouait même pas bien la comédie.

–       Oh Vinny ! Et toi tu fais quoi par ici ?

Comme si ce connard n’avait pas entendu le flic parler de mon voisin.

–       Bah comme tu sais j’habite ici, j’ai répondu en le regardant bien dans les yeux.

J’avais mon couteau planqué derrière ma cuisse. Je ne savais pas ce qu’il était venu foutre ici, peut-être qu’il avait entendu Libro m’insulter en privé et qu’il comptait faire du zèle. Si c’était le cas j’allais bien le recevoir. J’allais lui montrer ce qu’ils m’avaient appris à faire avec une lame au Crackistan, il ne toucherait pas à ma famille, ou alors sans ses couilles.

–       Ah oui… c’est vrai Libro m’a dit mais j’avais oublié… Je suis venu voir si le gamin serait pas revenu, son père veut le voir… tu l’aurais pas vu des fois ?

C’était un test, et je ne savais pas ce qu’il fallait répondre. Soit il l’avait vu et si je mentais ça confirmait tout ce qu’avais dit le flic à mon sujet, soit il ne l’avait pas vu et il essayait de me faire peur.

–       Me fais pas chier Louis, va voir chez le voisin toi-même, et rôde plus comme ça devant chez moi sans prévenir, va savoir ce qui pourrait se passer la prochaine fois…

Il s’est contenté de ricaner en me regardant par en-dessous, et puis il est allé nonchalamment vers la maison du voisin sonner. Il n’y avait personne, il a regardé par une fenêtre, m’a regardé à nouveau, a souri et m’a fait un petit signe de la main.

–       A bientôt Vince…

Je suis rentré dans la maison en trombe et je suis allé voir le gosse.

–       Toi, ta sœur, elle est où ?

Il a haussé des épaules. Lauren est arrivée sur ces entrefaites et m’a demandé ce qui se passait.

–       Il ne peut pas rester ici, ils vont revenir, s’ils le trouvent ici on est mort.

–       Bah alors qu’est-ce tu veux faire ?

J’en savais foutrement rien, mais je ne voulais plus de ce gosse ici. La réponse du môme a été immédiate, il est sorti en courant de la maison. Pendant une seconde je me suis dit que c’était pas plus mal, et puis la seconde suivante j’ai croisé le regard de Lauren.

–       Oh tu fais chier !

Et je suis parti à sa recherche. Il n’était pas allé très loin, je l’ai vu partir en courant entre deux maisons, je l’ai retrouvé un quart d’heure plus tard en train de chialer près d’un arbre. Pauvre môme. Je me suis posé à côté de lui et j’ai rien dit. Je l’ai juste laissé pleurer un coup et puis on a causé.

–       Je suis désolé, j’ai fait, j’ai la trouille.

Il a rien dit, il m’a juste regardé.

–       Vous croyez vraiment qu’ils vont revenir pour moi ?

–       Ils sont peut-être déjà au courant… alors ils viendront pour nous…

Il m’a jeté un coup d’œil effrayé.

–       Votre femme, votre fille aussi ?

J’ai pensé à Ray et Libro, mes mafieux sentimentaux, c’était possible, mais pas totalement. Le sang c’est pas bon pour le business, et me faire disparaître moi c’est une chose, toute la famille…Dans leurs schémas de pensée ça ne colle pas avec l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Par contre les mexicains, si jamais ils apprenaient pour leur copain Tony le pédo, la maquerelle… eux ils ne font pas de détail, ils font un exemple, et en général c’est très graphique…

–       Je ne sais pas, j’ai dit au bout d’un moment, je ne sais franchement pas… Ta sœur, tu crois qu’elle s’est trouvée un endroit.

–       J’espère…

–       T’as vraiment aucune idée où elle pourrait être ?

Il a réfléchi puis il m’a fait signe que non à nouveau, mais j’avais l’impression qu’il ne me disait pas tout.

–       C’est vraiment ta sœur ?

Il a fait une grimace et m’a regardé une seconde comme si j’étais le diable, et puis il a craqué. Les larmes à nouveau aux yeux.

–       C’est quoi le problème Stanislas ?

–       C’est ma mère.

–       Ta mère ? Mais tu l’appelles par son prénom !

Il a haussé les épaules.

–       Elle a 26 ans… c’est elle qui préfère.

J’ai souri.

–       Non, ta mère n’a pas 26, ça voudrait dire qu’elle t’a fait alors qu’elle avait ton âge.

–       Je vous dis qu’elle a 26 ans ! Il a insisté, et cette fois il ne pleurait plus, il était en colère

Merde… Comment une gamine pouvait tomber enceinte aussi jeune ? J’ai repensé à la gamine dans la tour.

–       Et ton père ?

Il n’a pas répondu. Il a regardé dans le vide. J’aurais préféré ne pas avoir posé cette question. D’un coup il s’est levé comme une flèche et il est parti en courant dans l’obscurité… oh putain… Je me suis à lui cavaler après en l’appelant par son prénom et maintenant que j’y repense c’était peut-être pas fort malin. Mais il ne voulait pas m’écouter, ni s’arrêter de courir. J’ai fini par le rattraper près du terrain de basket du quartier. Le terrain était vide, je l’ai plaqué au sol, et je me suis pris une baffe, des coups de genoux, il était furieux.

–       Foutez-moi la paix ! Laissez-moi ! Vous comprenez rien !

–       Calme-toi ! Calme-toi !

Il s’est mis à gueuler de plus belle, heureusement que personne passait dans le coin, j’aurais eu des ennuis en ces temps pédophiles… Alors j’ai fini par lui coller une claque qu’il se calme.

–       Arrête ton foutu cirque ! Si tu veux que je t’aide il faut m’expliquer !

–       Vous pouvez pas m’aider ! Vous pouvez pas ! Vous êtes même pas fichu de les empêcher de venir chez vous, vous comprenez pas !? S’ils la trouvent, ils la tueront comme moi !

–       Ils tuent pas sans raison, j’ai dit en essayant de croire à mon bobard. Pourquoi ils la tueraient ?

–       Ma mère est une pute ! Vous comprenez !? Une putain !

C’était toujours pas un argument pour la tuer mais avec la mafia on sait jamais, j’ai un peu insisté et puis je l’ai laissé me raconter. Evidemment c’était dégueulasse. Sa mère avait été mise sur le marché quand elle n’avait pas encore 12 ans, enceinte ou pas, ils ont continué à l’utiliser jusqu’à ce qu’un capitaine en tombe amoureux et se mette en tête de la protéger. Ça avait évité au gosse d’être vendu et elle de finir comme viande à chantier. Mais le capitaine s’était lassé d’elle et avait fini par la vendre. Depuis elle servait comme femme de réconfort à tous les mecs un peu bien vus dans la hiérarchie. Le fait qu’elle ait un gosse était arrangeant pour faire passer un voyou russe fraichement débarqué en all american père de famille, et puis ils la tenaient. Elle était polonaise mais le gamin était né ici, un coup de fil à l’immigration et il finissait dans un orphelinat et elle, dans le meilleur des cas, dans un avion. Evidemment si le gosse se mettait à tirer sur ses clients ça compromettait sérieusement ses chances de rester en vie, lui comme elle.

–       Elle connaît personne ici ? Il y aurait un endroit où elle se sentirait en sécurité ?

Il a réfléchi un moment, je lui ai demandé où ils vivaient avant, il m’a répondu qu’avant ils étaient à Orlando dans un genre de bordel clandé. Putain quelle enfance… Mais il ne savait vraiment pas. Je me suis dit qu’on allait d’abord à la gare routière, et puis on ferait les hôtels borgnes en ville. Ça nous prendrait la nuit peut-être mais je préférais ça plutôt que le retour du gros Louis. Mais évidemment…

–       Vince, t’es où ?

C’était Libro

–       En ville, je suis allé faire des courses.

–       Ouais bin lâche ça, y’a du nouveau.

–       Du nouveau ?

–       Ouais, Ray veut qu’on aille causer avec les mex, il y a un truc de pas clair.

–       De pas clair ? Quoi ?

J’avais vu Ray avec leurs boss à eux, et tout le monde avait l’air content, mais bon dans ce monde-là…

–       Discute pas ! Amène-toi, il a braillé.

–       Mais vous êtes où !?

Ils étaient à l’autre bout de la ville près du port. J’allais faire quoi ? J’étais en pleine ville, le gosse assis à côté de moi et je ne pouvais pas désobéir à un ordre, surtout en ce moment. Alors un peu avant d’arriver j’ai dit au gosse de monter dans le coffre, attendre et pas faire un bruit. Je ne voulais pas le laisser avec Lauren et Eva, et je ne pouvais pas simplement lui dire de m’attendre dans un troquet, alors ça me semblait encore la meilleure idée. Comme quoi j’ai pas inventé l’eau tiède.

 

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