Reagan airport 5

Louis et Jimmy étaient là. Louis avec son sourire tordu de monstre des Carpates, et Jimmy toujours frais et de bonne humeur comme si le monde était un grand parc d’attraction. Il y avait un côté un peu agaçant avec ce garçon comme si rien n’était jamais grave et que les mecs qui nous employaient étaient juste de bons copains. Un foutu optimiste quoi. Ils m’attendaient près d’un hangar à bateaux, ça sentait la mer et le gasoil, Libro était au téléphone, j’avais garé ma bagnole un peu plus haut sur les quais, dans l’ombre d’un lampadaire pété, et Jimmy m’avait accueilli avec un « salut Vince » des plus enthousiastes. Je lui demandé ce qui se passait, il m’a répondu que les mex avaient découvert un traître parmi eux, et qu’on allait régler la question ce soir. Je me souviens que j’ai dit un truc comme ah ouais et puis j’ai senti un coup violent dans les reins. J’avais juste pas fait attention à Louis… Je suis tombé à genoux, le souffle coupé, cet enfoiré de Jimmy continuait de sourire.

–       T’es vraiment le roi des pigeons toi hein ? il m’a fait alors que Louis m’en recollait une.

Cette fois je me suis effondré, le nez en sang, Libro a raccroché et s’est rapproché de nous.

–       Ça va mon petit Vince ? il m’a fait sur un ton joyeux. Tu sais qu’on s’est beaucoup posé de questions sur toi. On s’est demandé si c’était toi la balance. Jimmy voulait même aller discuter avec ta femme… Et moi qui savait même pas que t’en avais une… Hein Jimmy…

Jimmy s’est marré.

–       Et c’est un cachotier notre copain Vince.

–       C’est vrai Jimmy, a fait Libro sans le regarder, mais pas autant que toi quand même…

Pendant une seconde Jimmy a perdu son sourire, il a regardé Libro d’un air surpris et puis, pop, pop, Louis lui a mis deux balles dans le crâne. Il est tombé sur les genoux et puis il s’est doucement affaissé sur lui-même, comme s’il s’était endormi à genoux. Du sang lui sortait du crâne par petits jets, son cœur battait toujours mais les balles lui avaient nettoyé le peu de cervelle qu’il ait jamais eu. Libro lui a craché dessus et donné un coup de pied qui a fini de le faire tomber.

–       Ce fils de pute rencarde les flics depuis des mois, m’a expliqué Jimmy. C’est comme ça qu’ils ont su pour la maison. Mais toi mon ami… toi t’es un cas.

Il m’a foutu un coup de pied dans le bide, j’ai cru que j’allais vomir tout mon repas de ce midi.

–       Qu’est-ce t’es allé foutre le boxon à El Banana ? Tu sais qu’un mec t’a reconnu ? Pourquoi t’es allé foutre le bordel là-bas ?

–       J’ai jamais foutu les pieds là-bas c’est quoi ces conneries ? j’ai grogné en me tenant le ventre.

–       Ouais, ouais, t’es jamais allé là-bas, tu as jeté le flingue, et t’as jamais vu le gosse de ton voisin… Louis, fous cette merde dans sa bagnole, on va voir Ray.

Ce connard s’est marré et a tiré le corps de Jimmy vers ma voiture. C’est là où je me suis dit que je devais avoir le Q.I d’une huître, parce que bien entendu il a ouvert le coffre, et il est tombé sur le môme terrorisé. Alors il est parti d’un grand rire de golgoth et il a demandé à Libro de venir voir. Libro n’avait pas envie de rire. Il a sorti le gosse du coffre par le bras et il l’a traîné jusqu’à moi.

–       Ouais, t’es vraiment un putain de cas à part…

 

Un peu au-dessus du port, dominant la ville depuis une large colline se trouve l’orgueil de Paradise City. Un bloc de verre, d’acier et de plastique qui ressemblait de loin à une pièce montée blanc acide, avait coûté le double nécessaire à sa construction, été le fruit du plus grand rassemblement d’appels d’offres frelatés depuis la construction du métro de Miami, le Reagan Airport. Premier aéroport de Floride en terme de capacité, devant Miami Dade, troisième en terme de fréquentation, subventionné à outrance par la ville, c’était aussi une galerie marchande, un complexe cinématographique, une piscine l’été et une patinoire en hiver. Rien que l’insonorisation des salles de cinéma avait coûté le prix d’une piste d’atterrissage, et la galerie marchande était la plus vaste de tout l’état. La piscine-patinoire se trouvait au-dessus du bâtiment principal, construite à l’initiative de John Braddock, ex gloire montante de la NAH qui avait fait fortune dans l’équipement sportif, et ambitionnait depuis de faire des Lords, l’équipe de la ville, la future détentrice de la coupe Calder. Mais pour le moment ils étaient tout juste parvenus à se maintenir dans le classement national.

Ils étaient tous là qui nous attendaient, les mexicains, les russes, Ray et Frank. La ligue locale du crime et de l’infamie, un rêve de pénitencier. J’avais l’impression de me retrouver dans un DTV de Van Damme avec toutes les pires ganaches des sous-productions hollywoodiennes. Pourquoi ici ? Parce que Ray qui avait tâté du palet dans sa jeunesse finançait en partie l’équipe et que je suppose qu’il trouvait qu’un simple hangar ne convenait pas à ses standards de gros mafieux qui veut en jeter.

–       Vincent ! On n’attendait plus que toi ! m’a fait joyeusement Ray avec une tête à enterrer sa mère. Et je vois que t’as réussi à retrouver le gamin ! T’es vraiment magique toi !

J’ai rien répondu, j’avais le nez en compote, mal un peu partout et aucune envie de participer à son numéro de super méchant de film.

–       Alors c’est lui le cabron qui m’a perdu mes petites ? a fait son voisin à moustache. Pourquoi tu as fait ca pendejo ? Qu’est-ce Tony t’avait fait ?

Toujours aucune envie de répondre, mais Louis était pas de cette avis, il m’a donné un coup dans les flottantes.

–       Réponds connard quand on te parle.

–       Et si t’allais te faire enculer Louis ? J’ai suggéré.

Ce qui bien entendu n’était pas la plus brillante idée de la soirée qui de toute manière était plutôt compromise de ce côté-là. J’ai pris un autre coup, je suis tombé sur les genoux avec la tête qui tournait.

–       Louis, laisse s’en un peu pour nos amis, ils ont besoin de comprendre…  a fait Ray. Explique donc à José ce que tu fichais dans son petit studio de cinéma, tu veux Vincent ?

–       Je nettoyais la merde de cet enculé, j’ai grommelé.

L’enculé en question s’est approché de moi, Louis m’a tiré la tête en arrière pour je le regarde. Il a bombé le torse et ouvert sa chemise, histoire de me faire admirer le superbe tatouage de taulard qu’il avait dessus. La Vierge de Guadalupé, la Sainte Patronne des cartels.

–       Regarde bien ça maricon tu sais ce que c’est ?

–       Un portrait de ta pute de mère ?

Il est parti d’un petit rire forcé.

–       Tu vas apprendre à respecter cette sainte image mon ami, crois-moi.

Il a sorti un flingue et l’a braqué sur mon crâne.

–       José, José, attends un peu tu veux, est intervenu Ray, notre ami a encore des choses à nous expliquer… Dis-moi Vince, on voudrait comprendre, pourquoi tu as donné ce flingue au gamin ? Il t’a fait quoi Iacov ?

J’ai nié. C’était le mieux que je puisse faire. D’une si je leur avais expliqué ils ne m’auraient de toute manière pas cru, de deux j’avais aucune envie qu’ils aillent poser la question à ma fille. Mais ça non plus ils ne voulaient pas l’entendre. Louis m’a attrapé une main et m’a retourné un doigt comme si ça avait été un bout de caoutchouc. J’ai hurlé, le gamin, à genoux à côté de moi me jetait des coups d’œil désolés mais je l’étais sans doute plus que lui. On allait mourir l’un comme l’autre parce que j’avais eu l’idée de génie de le mettre dans le coffre. Ray m’a reposé la question mais comme je ne répondais pas, Louis m’a attrapé un nouveau doigt. J’allais pas supporter très longtemps cette douleur, des étoiles blanches dansaient devant mes yeux et ce n’était que le début. Alors je me suis à gueuler :

–       Demande à ton enfoiré de neveu ! c’est lui qui m’a dit de le faire !

–       De quoi ? a fait Libro.

–       Dis-lui toi enculé ! Dis-lui ce que tu m’as dit !

Libro a regardé Ray qui lui a fait signe de ne pas faire attention, mais je continuais de hurler.

–       « Faut foutre la merde avec les russes ! Ils nous volent ! Ray veut pas comprendre qu’on doit bosser avec les graisseux ! » Vas-y ! Dis-lui fils de pute !

J’avais la tête aplatie par terre, donc difficile de voir la tête que les autres faisaient mais suffisait d’écouter Libro.

–       Non mais il va arrêter avec ces conneries oui !

–       Libro laisse, tu vois pas qu’il essaye de foutre la merde ? A répondu Ray sur le ton laconique du vieux de la vieille qui a déjà vu des dizaines de mec se faire torturer.

–       « Senza peut nous faire des taux à 10% de commission et ces enculés d’russes nous enfilent à 30 ! Faut les mettre dedans ! » Je continuais de beugler.

Ce qui a dû troubler même Ray parce que j’étais pas censé connaître ce genre de détail. J’ai entendu un des russes grommeler « c’est quoi ces conneries ? » et puis Libro qui virait.

–       Putain de fils de pute, ça suffit maintenant !

Il a arraché un flingue de la main d’un des mecs et il s’est dirigé droit sur moi. Et c’est là où intervient l’importance pour un truand de bien choisir ses lieux de rencontre. Ray nous aurait réuni dans un hangar, ou n’importe où ailleurs, Libro m’aurait fumé et ensuite une lourde ambiance de suspicion aurait régné entre ces messieurs. Comme ce sont des gens relativement raisonnables, ils auraient peut-être attendu quelques jours avant de décider que j’avais peut-être dit la vérité. Ou bien ils auraient essayé de faire avouer le gosse qui aurait fini par leur parler de ma fille, va savoir. Au lieu de ça on était dans une patinoire et Ray a très vite constaté l’incompatibilité qu’il y avait à s’exciter comme un con sur de la glace quand on était en chaussures de ville au milieu de gens armés. Ce crétin a glissé, est tombé, et le coup est parti tout seul. La balle a touché un des russes qui sous le choc a appuyé à son tour sur la détente, et hélas, lui, c’était un pistolet-mitrailleur qu’il avait à la main. De l’ennui de travailler avec des cowboys qui laissent trainer leur doigt sur la détente et oublient de mettre la sureté. C’est parti en sucette façon Ok Corral. Ils se sont tous mis à se tirer dessus. Il faut dire que sur l’instant comprendre qu’il s’agissait d’abord d’un accident aurait demandé moins de couilles que de cervelle, mais avec l’ambiance que je venais de créer, ajouté au fort taux de testostérone, il n’y avait aucune chance qu’un moins con que les autres ordonnent l’arrêt des hostilités. D’autant qu’une fusillade dans une zone où il n’y a quasiment aucun obstacle, aucun endroit où se planquer, ça va très vite. En à peine quelques secondes six mecs se sont retrouvés au tapis, dont Iacov, le patron des mexicains et Louis… Frank a plaqué Ray au sol, et pris deux bastos à sa place avant de buter un mec. Le boss des russes avait fait la[de] même, plaqué au sol et il essayait maintenant de récupérer le fusil à pompe tombé devant lui. Libro a été plus rapide, il lui a tiré deux balles avant de se prendre une décharge de chevrotines en pleine tronche, tirée par un des gardes du corps, qui a son tour s’en est pris une, tirée par Ray en personne. Cette histoire était en train de se conclure exactement comme elle avait commencé, les poulets en moins. Frank gueulait comme un veau en perdant son sang, Ray insultait la création tout en essayant de se relever, le gosse et moi on était trop sonné pour bouger, un des mexicains survivant essayait d’atteindre son arme, à quatre pattes, visiblement touché, mais Iacov n’était pas mort, il a ramassé un des pistolets mitrailleurs et il a lâché une rafale. Pas terrible son tir. Les balles ont d’abord fait éclater des morceaux de glace, et puis la tête de Frank, et si j’avais pas roulé sur moi-même, c’était moi qui prenait, au lieu du gars. Une balle l’a atteint à la cuisse, une autre lui a traversé le ventre, la dernière l’a achevé alors qu’il appuyait sur la détente. Ces mecs utilisent des armes parfois depuis leur enfance mais c’est resté dans leur imaginaire  l’attribut viril par excellence de John Wayne à l’Inspecteur Harry. Alors ils se foutent de savoir tirer ou même que les calibres soient adaptés au boulot, ce n’est clairement pas des militaires. Le gars, comme ça, avait un calibre 50, un Desert Eagle frime typique, plus de recul qu’autre chose quand on est atteint mortellement. La balle est allée se perdre dans le panneau d’affichage tandis que Iacov continuait d’appuyer sur la détente, sur un chargeur vidé en 5 secondes. Voyant ça, il a lâché le bidule et à rampé pour attraper une autre arme, mais Ray était debout et cette fois il n’en avait plus rien à faire des emmerdes éventuelles avec le Japonais, il l’a abattu alors que j’attrapais une arme, enfin. J’ai roulé sur moi-même tout en faisant feu sur un des mecs et vidé le chargeur déjà entamé.

–       Petit enculé ! A commencé à faire Ray en armant le fusil à pompe canon court qu’il avait récupéré.

Il marchait péniblement mais il était moins pressé que Libro, il est arrivé jusqu’à moi et il m’a balancé un coup de pied dans la tronche en me cassant une dent. Un mal de chien et mon arme était vide. Il a remis ça, avec un coup de pied dans le bide qui m’a retourné sur dos. Ma chemise était déchirée, largement ouverte sur ma poitrine et le micro qui y était fixé.

–       De quoi ? s’est exclamé Ray. T’es un putain de mouchard !?

J’en avais marre. Marre de toutes ces conneries, j’allais me prendre une décharge de plomb de toute manière.

–       Non trou du cul Je suis flic ! Tu comprends ca !? Je suis un putain de poulet, ça fait 11 ans que je suis sous couverture, 11 ans que je vous supporte vous et tous vos abrutis de potes, même ma femme ne le sait pas !

Il s’est marré.

–       Oh t’inquiète pas, je lui dirais, je lui dirais quand elle me sucera la bite !

J’étais bon, mort, j’ai vu la gueule du fusil se pointer sur ma tronche, le doigt qui appuyait sur la détente, et puis une balle est partie. Elle ne l’a pas atteint, elle l’a frôlé et lui a emporté un morceau d’oreille. C’était le gamin. Je l’avais zappé celui-là, sorti de ma tête alors que j’essayais de ne pas crever sur cette patinoire à la con. Ray n’en revenait pas, il a braqué son arme vers le gosse et aurait tiré si je n’avais pas profité de l’occasion. Je l’ai fauché avec mon pied, il est tombé sur le dos, la décharge est allée s’égayer dans le plafond, je lui ai sauté dessus. Il s’accrochait à son arme comme si c’était un os, comme toutes les choses dans lequel il avait un jour planté ses dents, je lui ai tordu les bras, il me donnait des coups de genoux, j’ai réussi à pointer le canon vers sa tête et j’ai appuyé sur la détente.

 

Ils sont arrivés une demi-heure plus tard, avec l’ensemble de la cavalerie. J’étais couvert de sang et de débris de cervelle et ils ont pensé que j’avais été touché. Mais j’ai rassuré mon supérieur, le capitaine Mancuzzo, du FBI, et je lui ai présenté le gosse en lui expliquant toute l’histoire. Il a souri et il l’a même félicité.

–       Petit, tu viens de foutre en l’air une opération de 10 ans, mais je te remercie.

Il a regardé les cadavres a secoué la tête d’un air dégouté et a ajouté :

–       Qui aurait pu penser qu’une foutue patinoire allait mettre la moitié de la pègre de cette ville à genoux.

–       Faut qu’on retrouve sa mère capitaine, j’ai fait en montrant le gamin.

–       Oui, on va lancer un avis de recherche, en attendant allez retrouver votre famille lieutenant, je crois que vous avez besoin d’une bonne douche et d’une nuit de repos.

–       Merci capitaine, tu viens ? J’ai fait au gosse, et on est reparti dans une deux tons.

–       Lieutenant ! M’a fait le capitaine avant que je monte.

Il m’a fait signe de m’approcher.

–       Pour ce qui s’est passé à El Banana…

Evidemment il était au courant, et ça pouvait foutre en l’air toute l’opération si jamais on apprenait qu’u flic avait tué de sang froid des suspects

–       Oui capitaine ?

–       Vous vous êtes débarrassé de l’arme ?

J’ai failli éclater de rire, la fatigue je suppose.

–       Oui, celle-là je m’en suis débarrassé.

–       Bien… bien, tant mieux… allez-y maintenant.

Voilà, c’était tout. Mancuzzo était l’agent fédéral personnifié comme John Edgard en avait rêvé. Le petit doigt sur la couture, le respect absolu de la procédure, la détestation des arrangements avec la vérité, mais il était aussi père de famille… Ces fils de pute avaient eu ce qu’ils méritaient.

 

Ça été une soirée un peu compliquée. Tu rentres couvert de sang, retrouver une femme et une enfant qui depuis qu’ils te connaissent pensent que tu es un petit voyou attaché à la pègre de Paradise City. D’abord ta femme commence par paniquer à cause du sang, et puis tu lui expliques… et tu te prends une gifle en pleine poire. Non je ne m’appelle par Vincent Laccoco, né à New York, deux condamnations, et quatre ans de prison pour approcher les bons mecs. Je suis le lieutenant Michael Pizzi, du bureau fédéral, et notre mariage, enregistré sous une fausse identité, n’est pas plus valable que la reconnaissance de paternité. Non je ne t’ai pas trompé sur le reste, je t’aime, Eva est notre enfant, et dès demain on va remettre tout en ordre. J’avoue, après 10 ans de vie commune, c’est pas forcément un truc facile à digérer. Surtout pas après 10 ans à s’inquiéter pour la vie de son voyou de mari, à se prendre la tête avec lui parce qu’il se sort pas de ses petites combines. Qu’est-ce qui se passerait ensuite ? Tous les voyous de la ville allaient vouloir notre peau. Non parce qu’on était déjà dans le programme de protection des témoins et qu’on allait bientôt disparaître d’ici. Ça non plus ce n’était pas évident. Nouvelle identité, nouvelle ville, nouveau job, tout un pan de votre vie qui repose sur un mensonge, et tout un autre qui va consister à mentir à nouveau. On a passé la nuit à en discuter. Je lui ai raconté ce qui s’était passé, la complète, El Banana y compris. Elle a pleuré, elle s’est marrée aussi, même si se dire qu’on a la vie sauve grâce à une patinoire n’est pas forcément la blague de l’année, mais elle ne s’est pas inquiétée parce que Mancuzzo avait envoyé des collègues surveiller la maison.

 

On a retrouvé la mère du gamin deux jours plus tard. Elle se terrait dans un hôtel pourri au sud de la ville, morte de peur. J’ai eu une petite discussion avec mes supérieurs, en échange de son témoignage contre Iaponsky et ses amis, elle sera naturalisée américaine et aura aussi droit au programme de protection. Le bureau de New York a demandé à la voir, elle et le petit, c’est moi qui les ai accompagnés à l’aéroport. Le seul bémol c’est que sans l’arme de Libro, même avec mon témoignage, faire inculper les flics allait s’avérer difficile et politiquement compliqué. Doakes, le capitaine qui nous avait convoqués dans la boîte, patron de l’antigang de Paradise, était très bien vu du chef Knox, le flic des flics de la ville. Au pire il aurait une mise à pied suivi d’une mutation. Mais c’est comme ça, on ne gagne pas à tous les coups. Qui sait, peut-être qu’un jour le flingue réapparaîtra…

 

–       Eh mais c’est mon petit enculé ! A fait un mec derrière nous alors qu’on traversait le parking de l’aéroport.

Je me suis retourné, un black qui sortait d’une Pontiac blanche. Un black avec la panoplie complète du mac, le chapeau, les bagues, la veste couturier. Il avait l’air contant de voir le gosse comme un python est content de voir une souris. Je me souvenais vaguement que Lauren m’avait dit que le gosse avait eu des embrouilles juste avant qu’elle le trouve, à la tête qu’il faisait je suppose que c’était lui l’embrouille.

–       Tu le connais ? J’ai fait au gosse tétanisé. Qui t’es toi ? j’ai fait au mec.

Il ne m’a pas répondu, il a juste sorti un truc de sa poche, j’ai failli défaillir. Pas seulement à cause du truc, mais parce que je le connaissais bien, trop bien même, j’avais passé une après-midi et une soirée complète à lui courir après… le 357. J’ai eu juste eu le temps de me mettre entre lui et le gamin, et j’ai eu l’impression de prendre un train en pleine poitrine. Après, je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, il y a eu d’autres coups de feu, j’ai vu le gars tomber, et puis dans le brouillard j’ai entendu quelqu’un me parler, je me souviens mettre vaguement marrer en me disant que la preuve de la culpabilité des flics était dans mon corps, et puis le trou noir.

 

Je suis dans l’ambulance maintenant, les infirmiers ont l’air très énervé, mais je sens bizarrement serein, la morphine peut-être. Je pense à Eva et à Lauren, je suis un peu triste de ne pas leur avoir dit au revoir. Je me demande si je vais mourir ici ou à l’hôpital, mais c’est plus très important maintenant, j’espère que Lauren trouvera quelqu’un de bien…

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