Je suis un génie… et je t’emmerde.

C’est en lisant l’autre jour cet énième article sur les surdoués http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/05/14/les-maux-inavoues-des-adultes-surdoues_1700385_3238.html?fb_action_ids=10200402067363122&fb_action_types=og.recommends&fb_source=other_multiline&action_object_map={%2210200402067363122%22%3A10150955319879252}&action_type_map={%2210200402067363122%22%3A%22og.recommends%22}&action_ref_map=[] que j’ai été soudain prit de l’envie subite d’écrire ce texte. Et plus particulièrement en lisant les commentaires qui suivent. Commentaires amères souvent, qui nous reproche de ne pas être des Mozart, ou ricaneurs, qui nous explique que nous nous sommes auto-proclamé, avec bien entendu le cortège de fantasme que sous-entend la mention d’un QI élevé. En effet la majorité des gens rattachent ce chiffre de 130 ou plus à la réussite sociale, du type qui illustre l’article -et qui démontre surtout que l’auteur de l’article n’a strictement rien compris au sujet- ou, comme aujourd’hui dans le cadre de l’Enfant Roi, rallie les partisans des enfants incompris. De là tous les cancres de se demander si au fond ils ne seraient pas en réalité des génies qui s’ignorent, des proscrits du système scolaire. Et comme toujours, des quantités de sites, de magazine, de gourou, de psys, de proposer des tests afin de satisfaire en réalité notre seule vanité. La crédulité est, avec la bêtise, la chose la plus permanente chez l’individu. D’une part même un QI de 130 et plus ne réussira pas forcément ces tests, d’autre part ils ne décrivent en fait absolument pas la réalité que nous autres génies vivons au quotidien.

Cette réalité, certains d’entre vous la vive immédiatement alors que les mots « génie » et « nous » commence déjà à les agacer. Cet agacement nous le connaissons parfaitement, nous le vivons ou l’avons vécu tous les jours de notre vie, parce que nous le subissons, nous les 2,2% de la population humaine depuis que nous sommes enfants.

C’est même le premier traits je crois qui nous distingue, nous sommes différents, certes, mais en plus notre différence, notre handicap en réalité, ne nous apporte pas la pitié, la commisération, ou même la sympathie, mais l’envie, la peur, la haine. Ou, et c’est aussi le paradoxe, la fascination. Les gens intelligents sont attirants, mais les génies…

Voilà, à partir de là, et cela posé, je sais que parmi mes lecteurs j’ai déjà effectué un tri sélectif. Ceux qui ont commencé à se faire à cette idée que l’auteur de ces lignes fait partis des 2,2% et ceux qui continuent de s’agacer. Il y aussi les membres de notre club fermé, mais ceux là je leur parle pas, je sais qu’en ce moment ils sont à la fête.  Aussi, pour éviter aux agacés de me poser plus tard la question : oui mais qu’est-ce ça veut dire intelligent ? Et digresser à la suite à coup de contresens et de périphrases mal écrites mais parfaitement orthographiées, je vais tout de suite répondre.

Qu’est-ce que ca veut dire intelligent ? C’est quoi un génie ? Je sais pas.

Comme tout le monde j’ai connu des gens très intelligent qui étaient de parfaits connards. Comme tout le monde j’ai croisé des membres du club qui était totalement imbuvables. Je l’ai été moi-même, et pas seulement sur papier, et pendant longtemps. D’ailleurs personnellement les gens très intelligents finissent pour la plus part du temps par me fatiguer. En tant que formateur j’avais même tendance à les mettre petit, ou à les ignorer, les autres m’intéressaient plus. Sans doute parce qu’au sein de notre club très privé, il y en a un encore plus privé, ceux qui ont développé leurs émotions, qui ont utilisé cette extraordinaire capacité, cette hypersensibilité, pour s’ouvrir et non grimper sur leur trône.

Personnellement je déteste les tests psychotechniques. On nous propose de trouver la séquence qui sépare 1,5,8,10 (et que je viens d’inventer c’est dire si c’est compliqué) alors qu’il faudrait plutôt nous demander de chercher l’intrus dans cette séquence ci : 108,42,0,514.

Vous voulez la réponse ? 108 c’est le nombre de réincarnation nécessaire pour atteindre le Nirvana, 42 c’est le chiffre que donne le super ordinateur du Guide du Routard Galactique à la question « qu’elle est le sens de la vie ? ». C’est-à-dire que comme zéro, 108 et 42 sont des symboles d’absolu. Alors que 514 ne correspond à rien du tout.

Voilà, maintenant vous savez comment c’est de réfléchir par arborescence.

Pour moi qui ai eu l’idée de cette séquence c’est normal et évident, un des 2,2% ayant comme moi une inclinaison plus pour les lettres que les chiffres, serait capable de le deviner d’instinct. Car c’est là un autre aspect de nos personnalités, nous n’avons pas seulement l’intelligence dans la tête, ni forcément bien pleine, ni surtout pas ordonnée, mais au bout des doigts. Cette intelligence-là est sensible. Et si je mets des italiques ici c’est pour que vous distinguiez bien la différence. Je ne parle pas de la sensibilité des jeunes filles, ni des poètes, des artistes, je parle d’une sensibilité affleurante à la vie et au monde qui nous entoure. Et qui nous rends, la plus part du temps, émotionnellement ingérables.

C‘est pas faire un cadeau à un enfant du club que de le traiter en enfant roi. Croyez-moi. Ce n’est même pas forcément un cadeau que de lui faire passer les fameux tests qui exciteront comme tous les autres sa vanité et sa bêtise. Surtout que là vous donnez du pouvoir à un monstre. Lui, il ne se contentera pas seulement de faire le malin, il écrasera les autres, de toutes les manières possibles et avec des moyens prodigieux que vous n’avez pas. Pas plus qu’il n’est d’ailleurs simple de nous élever. Les parents aussi peuvent se sentir en concurrence, ou dépassés. C’est épuisant d’avoir ce machin-là à la maison. Qui se souvient de tout, sent tout, essaye de tout comprendre, et n’est pas foutu de  lasser ses lacets correctement à l’âge de 8 ans…

J’ai commencé à parler d’une manière articulé à huit mois, à un an, à mon baptême je tapais un scandale au pasteur en hurlant « mais qu’est-ce qu’il fait ? Mais y mouille ! mais y mouille ! ». Le mercredi, je me plantais devant la télé à regarder l’assemblée nationale pour comprendre ce qu’ils disaient et j’adorais la politique, j’étais gaulliste (pour ce que j’en comprenais) et j’avais  5 ans. Mais j’ai mit plus d’un an à marcher et quand je me ramassais, je ne mettais pas les mains pour me protéger. Je tombais tout droit, personne n’avait informé mes mains qu’elles pouvaient éventuellement servir. A tel point que ma mère m’a présenté à un pédopsy.  Ma mère adorait me faire jouer à Trivial Pursuit ou me mettre devant un jeu télévisé parce que je répondais à toutes les questions ou presque. A force j’avais mémorisé les questions du Trivial, plus de 300… et toutes les réponses qui m’intéressait. Quand on me collait dans un vidéoclub pour choisir un film ça devenait vite un cauchemar. Non seulement j’avais déjà vu les deux tiers du stock, mais je m’en souvenais !. Des acteurs, de l’histoire… Parlez-moi d’un sujet qui m’intéresse et vous pouvez m’appeler Google. Et de la même manière, mon cerveau vous mettra des liens dans tous les sens autour du thème. C’est parfois difficile à suivre, comme me le faisait remarquer un ami. Mais je suis également adulte handicapé, pauvre et n’ai jamais réussi à m’intégrer dans aucun milieu ou entreprise où j’ai pu être. Je dépasse, quoiqu’il arrive.

En France, au pays du Cogito, de la grammaire mathématique, des démonstrations, et des disputations, c’est encore plus difficile. L’école de l’élite de Condorcet ne se plait pas devant les petits marioles qui n’apprennent rien mais qui savent tout. J’en ai encore eu la démonstration quand je passais mon CAP de cuisine, à rendre malade les autres élèves. Là où ils passèrent quatre heures en examen écrit après avoir activement bachoté pendant trois semaines, je pliais l’affaire en deux heures en ayant révisé… la veille. Et pendant toute mon année ils m’ont joyeusement détesté parce que je posais des questions, m’intéressais, et que par exemple, notre prof de math faisait taire la classe… parce que j’allais parller.  En France il faut démontrer de son savoir, il faut être comptable de son intelligence, dûment estampillé, certifié, prouvé, et paf la cocarde du plus beau bestiau. Et à l’identique dans la vie courante, il faut démontrer, prouver, qu’on peut faire tel travail, qu’on peut comprendre telle situation. Qu’on est capable. Et, en plus, on perd un temps considérable avec des petits coqs qui veulent nous prouver par a+b soit qu’on est en réalité comme tout le monde, soit qu’ils sont aussi, sinon bien plus intelligents que nous.

Mais peu importe la France.

La réalité elle est dites par cette dame dans l’article.  « « Je suis fine, je comprends très vite ce que les gens sont sans qu’eux-mêmes le sachent », dit-elle, doutant cependant de conserver ce poste longtemps. « Rien ne dure, à cause du décalage que je ressens entre moi et les autres », confie-t-elle. »

Et j’en reviens ici à ce que je disais sur l’intelligence au bout des doigts. C’est gênant d’être comme ca, pour soi, pour les autres. C’est difficile de rester aimable ou souriant à côté de quelqu’un qui ne vous nourris pas. C’est compliqué d’expliquer, ou pas à une personne qu’elle est pour vous transparente, que vous l’aimiez ou pas. C’est encore plus compliqué en plus quand elle vous touche. C’est effrayant de se retrouver face à une personne qui vous comprends de A à Z et qui en même temps qu’elle suit votre conversation, regarde la télé, lit un livre, peut vous expliquer ce qui s’y passe, tout en pensant à autre chose, et même vous réciter de tête la conversation que vous venez d’avoir. C’est intimidant d’apprendre à quelqu’un quelque chose que vous avez mis deux ans à maitriser et qu’il reproduit en deux jours. Complexant même. Et ça complexe de complexer les autres.

Alors on se prend la tête énorme. Ça tombe bien, on a un penchant naturel, une constitution de notre cortex qui nous y prédispose, mieux, qui nous y invite. Et d’une chose simple évidente pour tout le monde, on fait un sac de nœud formidable. Par exemple moi en math, avec leur machin abstrait d’ensembles, qui avait peur de croiser les lignes de peur que le prof comprenne ça comme une rature, ou ajoutant des commentaires à un QCM…  Et mieux encore que de se prendre la tête, plus formidable, on fini même par considérer ses dons comme nos ennemis. Combien d’année j’ai bien pu complexer parce que je faisais de l’ombre à mon frère ainé ? Combien de fois j’ai refusé de prendre ma place parce que je savais qu’en ouvrant la bouche je ferais perdre tout sens commun à d’autres ? Ou totalement foirer une affaire parce que je me suis persuadé d’avoir une intelligence moyenne et qu’en toute logique j’ai écouté des gens alors qu’ils se trompaient et que je le savais ? Que j’ai fait des boulots sous-qualifié en refusant d’admettre que j’étais sur-qualifié ?

C’est extravagant quand même de passer deux jours avec un type, un type qui ne veut surtout pas qu’on le comprenne ou vous donner la moindre information. Un type qui a l’habitude de mentir et de tricher, par métier, par habitude, ou par besoin. Et qu’on déchiffre quand même en un clin d’oeil. Comment expliquer qu’en regardant une photo, une photo de quelqu’un qu’on connait à peine, on peut si bien la deviner qu’elle fond en larme quand on finit par lui dire ce qu’on a vu. C’est pas une mince responsabilité. Si tant est qu’on arrive en plus à se sentir responsable. Et c’est surtout un truc qu’aucun de ces foutus tests ne pourra jamais vous expliquer. D’ailleurs même les psys ont du mal. Quand ils pannent pas complètement dans la semoule. Sans compter que dans mon cas, ça me range dans une catégorie à part et rare des bipolaires, et que si c’est compliqué d’admettre le génie de quelqu’un ça l’est plus encore quand c’est un malade mental. Pour les psys c’est même faramineux, d’autant qu’entre une fulgurance et un épisode hypomaniaque il n’y a pas grosse différence, surtout si vous êtes de l’espèce créatif. Allez donc expliquer à tel personne que pendant qu’elle sèche sur son texte, s’arrêtant ligne après ligne, cherchant ses mots après avoir élaboré un plan, vous reconstruisez le texte dans vote tête, dégagez une architecture générale au hasard d’un mot, et reformulez certaine phrase comme on joue au Scrabble, le tout en regardant un film et en discutant. Si vous le dites l’expliquez, dans les trois quart des cas c’est l’assurance de perdre un pote.

Mais bien entendu c’est pas forcément grosse malheur pour tout le monde, ni toujours. Certains d’entre nous avons plus de chance que d’autres, comme vous tous. Et même on apprend à grandir avec, à s’accepter. Plus rarement à s’en servir réellement. En tout cas jamais au complet de notre potentiel. Sinon ça se saurait. Les pays seraient bien dirigé, l’art serait autre chose qu’une  galerie marchande, il n’y aurait que des bons films et l’humanité seraient déjà sur Zébulon, planète qu’elle aurait inventé, à deux pas de Jupiter. Tout ça bien entendu après avoir été anéanti 11 fois.

Hitler, et pas seulement Einstein, aussi difficile ça puisse nous apparaitre, appartenait probablement à notre club… Hypersensibilité, imagination délirante, sens innée de la guerre mais incompétence stratégique, don du verbe, don d’orateur, autodidacte mais peintre raté, chef d’état minable mais visionnaire… autant de signe qui ne trompe hélas pas. Mais après tout nous sommes aussi le produit des circonstances, de notre environnement et de notre éducation. Hitler justement, l’Enfant Roi.

Toujours est-il que nos prédispositions peuvent également nous secourir. Que l’on trouve un objet où s’investir, une nouvelle substance de laquelle se nourrir, et nous voilà en route. Je ne suis pas devenu cultivé parce que l’école m’intéressait mais parce que j’avais remarqué que ça impressionnait les filles. J’ai appris l’anglais à mon corps défendant et presque uniquement à l’oreille, parce que j’ai le goût pour les langues étrangères et les prononciations pas de chez nous. Je n’ai pas appris à écrire parce que je rêvais de devenir écrivain ou que j’avais lu un million de livre mais faute d’être cinéaste, acteur et aventurier à neuf ans… Et puis au fil du temps, à mesure qu’on s’accepte on finit par rencontrer d’autres membres du club. Plus aguerris, ou plus sages que nous, et qui nous apprenne à sinon nous maitriser, du moins à faire quelque chose de nos possibilités, en commençant par les accepter. On vieilli, alors qu’on devrait avoir moins de mémoire, on en a plus, ou du moins on finit par comprendre comment elle fonctionne et à nous servir de l’outil plutôt que d’en être victime. La vie des zèbres, comme nous appellent une surdouée, mère de surdoué, n’est pas facile mais n’est pas forcément un cauchemar. D’ailleurs ni un comportement imbuvable, ni une hyperactivité, ni une scolarité désastreuse n’est non plus signifiant. C’est un ensemble, et dans cet ensemble, ce club, nous sommes tous différents. Certains parviennent à de hautes fonctions, et d’autres n’y arrivent jamais. Il n’y a pas de règles, puisqu’en réalité nous n’en suivons aucune.

Mais en attendant, et pour en revenir à mon intitulé, de la part de tous les membres du club des 2,2% à tous ceux qui nous ont mit ou nous mettent des bâtons dans les roues. A tous ceux qui nous regardent de haut, alors qu’ils sont tout petit. A tous ceux qui nous expliquent que nous sommes pervers, mythomanes, prétentieux, narcissique et j’en passe. Tous les gens « psychologues » ou tous les psychologues qui ne sont après tout que des gens, permettez-moi de vous dire merde. Vous nous pourrissez la vie au quotidien parce qu’on a un bras en plus au lieu de l’avoir en moins, et vous pensez que c’est une injustice. Ca tombe bien, nous aussi, et ca nous fait chier autant que vous. Mais si la justice était de ce monde ca se saurait. Edison, que vous prenez tous pour un génie disait : « le génie c’est 10% d’inspiration et 90% de transpiration » alors que c’est exactement l’inverse. N’ayez pas peur, on ne vous piquera pas votre place, on ne vous volera pas votre femme, on ne gagnera pas au loto à votre place, c’est scientifiquement prouvé, les cons sont majoritaires, vous aurez toujours le dernier mot. Foutez nous juste la paix et apprenez à vivre avec.

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