Iron Sky, Heil Amerika !

 

Tarantino – on n’y échappe pas – a relancé la mode des films de drive in : les fameux Grindhouse, cinéma de double programme avec film improbable à la clef. Avec son commercial compère Roberto Rodriguez de lancer un genre de franchise libre, où tous les réalisateurs un peu branchés pourraient montrer combien ils sont trop… branchés. Rodriguez en tête, avec entre autres Machete et son cousin Danny Trejo dans le rôle-titre.

L’occasion d’un défilé de gueules connues à contre-emplois, de pépètes co-remplaçantes de Salma Hayek, égérie initiale du roublard du Texas. Un bon film marrant si on compte poser son cerveau sur la commode, et qui ne raconte rien. A ce sujet Rodriguez montre comme Besson qu’ils n’ont retenu du cinéma commercial que le strict aspect financier, précisément, la machine à fric éventuellement fun pour nous les djeunz de 15 à 77 ans. Ils partagent avec les adorateurs du cinéma poseur de la Nouvelle Vague une parfaite incompréhension du cinéma de genre en général et de ce cinéma-ci, le cinéma des drive in et des doubles programmes en particulier.

De Tarantino, à qui on reproche de pomper et rien de plus – incultes du cinéma que l’on est –, on ne le distingue plus de ceux qui profitent de la vague. On ne voit pas que l’essence-même de son travail puise dans celle du cinéma de quartier, l’art systématique du détournement, l’inventivité. Une manne inépuisable pour l’imaginaire.

Qu’il s’agisse de raisons économiques, comme dans le cinéma asiatique en général, ou politiques, car le cinéma de genre est un champ d’expression politique sans comparaison, idéologiques ou par simple envie de revoir une figure comme le western, ce cinéma-là ne cesse de détourner son propos de départ. D’un film de course trash et pop à la fois, on arrive à un pamphlet sur la société du spectacle (Course à la mort de l’An 2000). D’un banal film de combat et de tueur, on fait une histoire totalement nihiliste et politique (Dog bites Dog ou Universal Soldier IV). Mais c’est en partant le plus souvent d’idée totalement barrée à la manière de Godffrey Ho, le Ed Wood de Hong Kong, qu’il se démarque et c’est comme ça qu’on se retrouve, par exemple, avec des nazis sur la lune.

Iron Sky, la leçon vient du froid

Pour Hollywood et le reste de la planète, la Finlande c’est un peu comme la face cachée de la lune. Le dernier endroit au monde d’où on s’attendrait à voir débarquer un ovni du genre de Iron Sky. Un film de science-fiction avec un scénario de série z1, un space-opéra techniquement parfaitement abouti façon grosse production américaine, et un pamphlet outrancier et hilarant contre l’impérialisme américain en particulier et la bêtise de nos dirigeants et de notre société en général. Le tout en se permettant des allusion tant à Docteur Folamour qu’à Star Trek et au Dictateur de Chaplin, qui prend ici une dimension révélatrice à la fois parfaitement inattendue et poétique tout en étant un bel hommage au film lui-même. A trente-trois ans, le Finlandais Timo Vuorensola a réalisé un film très malin et totalement inattendu dans sa qualité.

L’histoire en un mot ? Une colonie nazi implantée sur la face cachée de la lune décide d’envahir la terre soixante-dix ans après la Seconde Guerre mondiale. Pour se faire Herr Adler, officier ambitieux de cette nouvelle armée nazie et futur führer, se rend sur terre avec l’astronaute qu’il a fait prisonnier pour qu’il lui présente la présidente, une Sarah Palin dont le slogan de campagne est « Yes she can ». L’astronaute est noir… un noir transformé par un savant fou en blond aux yeux bleu… Mais nullement un astronaute professionnel ni un militaire, non : un mannequin !

C’est que la présidente des Etats-Unis est en campagne, elle a envoyé une mission sur la lune, pas parce que ça servait à quelque chose, mais parce qu’on l’a déjà fait et que ça plait à l’opinion. Sa chargée d’image peine à trouver une bonne idée pour la faire remonter dans les sondages. Et débarquent les nazis. Les nazis, leur look d’enfer et leurs beaux discours pleins de volonté et d’abnégation, de courage, et de pureté, qui charment la dame du marketing, puis la Présidente elle-même. Et la voilà déclamant en campagne ce que le réalisateur apparente à de la propagande nazie et qui reprend les traits des discours grandiloquents d’une Amérique au secours du monde. Comme un écho à l’histoire, la nation démocratique se laisse embobiner par le nazisme à coup d’effets et de publicité – la guerre, l’invasion de la terre arrivent juste derrière.

Verhoven, Kubrick, Chaplin et M. Spock

Timo Vuorensola vient de nulle part, ou plus exactement de la télévision et surtout d’Internet. Il est notamment responsable avec ses copains d’une série parodique reprenant Star Trek : Star Wreck.

Avec des moyens beaucoup plus restreints, la série montre des qualités techniques identiques à un Babylone V, et, ici-même dans Iron sky, donne lieu à de superbes batailles stellaires, entre astronefs terriens, inspirés de la technologie actuelle et engins nazis en forme de zeppelins monstres. C’est ce qui surprend dans ce film, parce qu’il dépasse la simple farce de potache et même la poésie d’un Objectif Nulle, pour offrir non seulement une attaque en règle des Etats-Unis, mais un film à grand spectacle plein d’idées folles. Un trait qui se renforce d’autant par la présence de cette vieille terreur d’Udo Kier2 et d’Otto Götz, qu’on a pu voir en tueur dans Demain ne meurt Jamais et qu’on pourra bientôt voir dans Cloud Atlas.

On pense d’ailleurs à une autre attaque en règle de la pax americana, qui tendait à transformer celle-ci en une espèce de régime nazi du IVe Reich, le magnifique Starship Trooper de Paul Verhoven qu’Hollywood et l’Amérique en général avait avalé de travers. Reprochant justement à Verhoven non pas son attaque, mais son choix esthétique, son imagerie nazie (qui respectait d’ailleurs totalement le roman). Mais puisque le réalisateur nous invite à réfléchir tout en nous moquant, il ne pouvait pas simplement faire l’impasse sur la réalité du nazisme, ne s’en servir que comme un cosmétique amusant, une comparaison facile, un gimmick Grindhouse avec un pseudo discours politique derrière comme Rodriguez avec les clandestins dans Machete.

Mais il ne pouvait pas non plus diverger sur le drame sans risquer de devenir mal élevé. C’est donc par Chaplin qu’il va révéler à une jeune endoctrinée de la lune la vérité : le Dictateur dont elle n’a vu que le ballet de Hinkel avec le ballon, sans la chute, et qu’elle prend pour un chef d’œuvre… en faveur d’Hitler. Il renvoie ici dos à dos l’image d’un être isolé et endoctriné par des images tronquées et une Amérique repliée sur elle-même, son idéologie et sa télévision. Le parallèle avec le nazisme, un autre l’avait fait avant lui : Kubrick et son Docteur Folamour, en guerre avec son bras qui tente de l’assassiner et qui ne peut s’empêcher d’adresser des mein führer au président des Etats-Unis. On y pense immanquablement quand le héros noir, aryanisé, se bagarre avec le salut nazi. Et on y repensera plus tard quand, face à un soudain enjeu économique et énergétique énorme, toutes les nations du monde en viennent à se tirer dessus. Il y a un regard définitivement désenchanté sur l’état du monde et de l’Amérique, un regard qui nous invite à nous replier dans notre Soleil Noir (la base nazie) pour récréer un monde meilleur et métis. Un rêve qui semble ne pouvoir qu’appartenir qu’au cinéma, comme celui finalement de Kill Bill.

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