N06BA01-PARIS

–          A mon meilleur ami, Francis alias le Hun de St Denis, qui depuis 5 ans me fait vivre les plus beaux moments de ma vie de flic… et les plus magistrales rigolades ! Que sa carrière future soit prolifique, ce dont je ne doute pas… »

Dim debout, la tronche rouge, le shot de bleu dans la pogne, lumineux comme un coucou de Noel et son accent de mineur de Silésie.  Il rugit

–          CA VA BOTTER DES CULS !

–          HURRAH ! hurlent les autres en chœur.

On vide la 1er rangée de godets devant nous. sambuca et curaçao bleu.

–          BLEU COMME LA ROYALE ! brame un nouveau, celui qui va me remplacer,

–          ROYALE TON CUL ! VIVE LA P.N ! aboie en retour Dim

–          POLICE NATIONALE EN FORCE ! gueule un autre collègue. Lui c’est un bleu, sympathisant BAC, il veut postuler.

–          A LA TRICOLORE ! hurle Kevin.

–          A LA TRICOLORE ! on gueule en retour.

Et on vide la seconde rangée. Vodka.

–          BLANC COMME LEUR GUEULE QUAND ON DEBARQUE !

–          BRIGADE ANTI CRIMINALITE DANS LA PLACE ! beugle Anto.

–          BAC DANS TA GUEULE !

Et v’la la troisième, bien rouge. Vodka, grenadine et Tabasco, alias le Polonais. Et la Marseillaise qui gueule à fond, « Allons enfants de la patriiiiie !!! ».

–          NASDAROVIA ! hurle Dim.

–          KARAKCHO ! on lui propose.

Il crache comme un dragon, rote comme 8, s’empare de la bouteille de bleu et ressert la rangée. Troisième Tricolore, on aborde la quatrième. Je pelote le cul de la fille qu’ils m’ont payé. Y’a une pour tout le monde en fait. C’est les gros qu’ont casqué, on va me basculer au GIGN, enfin ! On va pouvoir se marrer sérieux. Je sais plus comme elle s’appelle, je sais même pas si elle me l’a dit. Elle est sapé pute comme il faut, pute classe, la trentaine, pas mal, genre rebeu mais Nabilla, ils ont dû casquer. Tout le monde se marre.

–          Eh Franco si ils ont besoin de moi aux effractions, fait moi signe ! me lance Anto

–          Pas de soucis caïd !

–          Eh tocard c’est moi le meilleur de nous deux !

–          Ta gueule Kevin, là où il va il aura pas besoin de branquignoles comme vous deux !

C’est l’Arménien qui a tenu à assister au pot de départ. Il nous adore. Tous. Tous les flics de France et de Navarre, et les gendarmes itou. Je sais qu’il a toujours rêvé devenir le premier poulet de France, que ça a réussi à Sarko et qu’il vise la même. Surtout que Naboléon lui avait promis juré. L’autre l’a baisé, un de plus, ils veulent tous sa peau aujourd’hui à Pinocchio. Nous aussi d’ailleurs. Faut pas croire. C’est pas parce qu’il fait des pirouettes dans la lucarne et dis des gros mots genre on va sortir l’artillerie lourde, que c’était notre pote. Faudrait déjà qu’on puisse bosser. Effectifs réduits, moins de moyens, contraintes administratives mammouthesques et la course aux résultats. En 2003 les putes sont verboten ? Raccolage passif mes couilles, deux ans plus tard elles sont de retour. Et aujourd’hui c’est pire ! On se croirait en cinquante. La traite des blanches mais inversés. On les envois plus en Afrique on les envois au Londonistan, au Frankinistan. Des roumaines, des hongroises, tchèques, slovènes, russes. Des chinoises aussi. T’as déjà essayé de serrer une bande de putes chinoises ? T’as intérêt à porter un casque. Et puis avec lui c’était chaque jour  un nouveau truc. Les terroristes, Al Qaïda Maghreb mon cul, les caïds, les pédophiles… Et nous qui doit trimer derrière. Des chiffres mon gars, des chiffres ! Obligation de résultat qu’il avait dit Toto pendant sa campagne. Obligation de résultat pour nos gueules oui ! Pas pour lui et ses conseillers. Les autres j’en parle même pas, les actuels, ils font de la figuration. Et puis y’a la dernière, la phénoménale, celle que Sarkouille il nous a laissé avant de partir pour plaire aux salopes, les baveux pendant la gardav ! C’est simple bientôt quand on voudra taper les voyous à 6h faudra leur envoyer une lettre en recommandé ! Y’en a plus que pour ces connards ! Et les victimes on en fait quoi ? On s’en caille ! Putain de pays ! Putain de politicards.

–          Normal ils ont tout le matos ! Vérin électrique, une tonne de pression, y’a rien qui résiste à ça ! C’est pas du jeu ! continue mon pote dans le registre effraction.

–          Ouais ! Quand est-ce qu’on aura nos gadgets nous ! On est encore au bélier et à l’huile de coude !

L’Arménien s’insurge.

–          Aaah arrêtez de gueuler comme ça ! Les autres sont en train de nous filer un boulevard avec leur fraudeur !

–          Ouais… un boulevard pour quoi ? N’importe quel couille-molle qui leur chante une chanson ils planent sec. Regarde les là, la bande, le rayonnage à yaourt ! j’ajoute.

Il me jette un sale regard, il sait que j’ai raison. C’est la merde faut pas être de ce pays pour pas lepiger.

–          Y’a rien qui change, même pas les promesses ! lance quelqu’un.

–          Ouais, ouais, je sais, vous avez été déçus fait l’Arménien en levant les mains, mais qu’est-ce que vous voulez, on pouvaient pas prévoir ! La crise bordel !

–          Sans vous offenser monsieur, le coup de la crise on nous la fait depuis 20 ans !

–          Je sais, je sais… mais ca bouge… les flamby sont grillés…

–          Marine, Marine ! chantonne Dim qui en rêve comme un gosse.

–          Narine, narine, réponds Hugo en se faisant une ligne.

Hugo c’est notre homme de liaison. C’est lui qui transmet les nouvelles, qui réceptionne les colis. Super organisé, on dirait un tableur. Je le suis, y’a beaucoup de speed là-dedans, le goût du médoc qui me titille la langue, j’en mets sur les dents, petit shoot.

–          Et qu’est-ce qu’elle va changer cette grosse ? Elle va faire poser des radars à cons ? Elle va faire un doigt à Bruxelles si y sont pas d’accord qu’on vire les sans pap’ !

J. avant il était coco, maintenant il trouve que les Lepen c’est des gauchistes…

–          T’inquiètes pas fils, tu vas voir, dans pas longtemps il n’y aura même pas besoin de cette chatte ! promet l’Arménien en rigolant, on va te raser ça de près, pas vrai Francis ?

Je hoche la tête.

–          Ca je veux !

Et tient une autre ligne.

–          POUR FRANCIS ! HIP HIP HIP !

–          AÏE AÏE AÏE !!

Comme un seul homme, on vide nos godets. Kevin remplit la ligne de vodka.

–          POUR LA BAC DE ST DENIS !

–          HURRAH !

On arrive au rouge, Dim assaisonne au Tabasco et de vodka de l’autre main.

–          DU SANG SUR LES MURS !

–          POUR TOUTES CES RACLURES ! HURRAH !

On est torché fin. Sur la table, à part les bouteilles, la coke, les spliffs qui fument, rien que de la bonne bouffe, du cochon, des huitres, des moules, des tartes salées comme des tables. C’est Gerbier qui régale, notre restaurateur attitré. Et il est là avec nous qui rigole. Un autre sympathisant. Il m’a offert deux magnums de roteuse en arrivant, Cristal Roderer mon pote, on s’est torché ça en moins deux. C’est qu’on fête pas seulement mon départ, le nouveau en fait il va remplacer le polack qui passe chef de groupe. J’ose pas imaginer la claque quand ça va être lui à la commande. Quelqu’un arrache l’hymne national et balance 50 Cents plein tube, Get Rich or Die Trying. Ca pulse, on danse, ça baise déjà dans les coins, Kevin sort son flingue et dégomme une bouteille, Anto et moi on l’imite, ça défouraille sec, tout le chargeur, 15 bastos qui vont mitrailler les gâteaux, les sifflars au vin, une terrine, des bouteilles de sky, le mur derrière, la table. Les filles hurlent. Quelle marade !

 

–          Alors elle t’a sucé ?

–          Je vous demande pardon ?

–          Je te demande si elle t’as sucé, t’es bouché ?

Deux heures du mat’ on est fin dans les canapés du 79, deux bouteilles de champ sur la table et une de Jack pour Dim qui se finit en louchant avec ses yeux de loups sur les arabes à côté. C’est notre fief le 79, c’est les anciens du secteur qui nous ont initiés. En semaine seulement, parce que c’est comme c’était à l’ancienne, les boites avant… avant le Queen, les gayprides, et toutes leurs conneries électroniques. C’est ça qui a tout gâché. Y’a plus un coin qu’est brut, juste avec un peu de zique pour emballer où se défouler, de l’alcool et fumer aussi. Bon on fume plus ici non plus, c’est la nostalgie, mais qu’est-ce que vous voulez même la santé est devenu pédé. Et le week-end ici c’est la même, le barzingue avec tous les connards thunés du secteur, tapiole comprise. De toutes façon les tapioles c’est comme les juifs, ils ont toujours de l’argent. Mais la semaine donc, comme y’a vingt ans, les chaudasses 40/50 ans avec ou sans leur jules, des beaux mecs parfois, souvent des baltringues jouant les hommes, et des bicots du genre qui tient une affaire. Ce qu’on a tous en commun c’est qu’on aime la nuit. La musique on s’en bat, c’est l’ambiance, l’alcool, les spots tranquilos, on peut discuter, y’en a trois qui danse sur Bon Jovi, et personne n’emmerderait personne si ces cons d’arabes ne s’étaient pas pointé à côté de nous avec leurs suédoises. Bon, on est accompagné, y’a pas à dire, on a baisé avant de venir, et on rebaisera quand on veut, mais quand même, comparativement à leurs salopes, les nôtres c’est des jambons. Franchement je sais pas où ils les ont trouvé, mais c’est des morceaux. Pas possible c’est des putes je me dis, et puis tout d’un coup ça me revient.

–          Et mais je la reconnais cette conne ! C’est Tiffany Hopkins !

–          Qui ? me fait Anto.

–          Putain mais t’as aucune culture toi, c’est une star du porno !

C’est à partir de là que ça a commencé à dégénéré, quand on a commencé à reconnaitre les filles. Toutes du porno bordel ! Ces enculés se sortaient des pétasses du porno à moitié à oilp ! Et nous on se promenait nos saucisses ! Alors quand un des melons est revenus vers nous avec la blonde (Mégane j’crois c’est son nom) Dim il a pas put s’empêcher.

–          Alors elle t’a sucé ?

–          Je vous demande pardon ?

–          Je te demande si elle t’as sucé, t’es bouché ?

La fille se met à gueuler.

–          Non mais ça va pas !?

–          Toi ta gueule on cause pas la bouche pleine de foutre.

Il éclate de rire, on dirait un SS avec la tête d’un youpin. Le bicot lui demande c’est quoi son problème. Un bicot à sang froid, c’est nouveau ça. Dim lui balance son verre à la gueule. Pas juste le sky, non, tout le verre.

–          C’EST TOI MON PROBLEME PUTAIN DE BOUGNOULE !

Evidement je te le donne en mille, tu vois la suite, on leur tape sur la gueule, les portiers se pointent, on sort les plaques et les guns. Les flics au 79 ils sont bienvenus. C’est aussi pour ça qu’on aime nous. C’est la tradition, depuis toujours le Club il a de bonnes relations avec Poulagat Nationale. Pas exactement un fief mais on fait un peu comme on veut. Les autres veulent porter plainte mes couilles tout ça, quelqu’un a appelé les pompiers à cause du gus que Dim a fracassé et la gueule coupé et l’autre que j’ai défoncé avec une bouteille de champ’. Les portiers nous montrent par où nous tirer, on part avec nos jambons. Elles sont colères les grognasses, elles ont pas signé pour ça, on a intérêt à leur trouver un tacos et fissa la couenne. On se marre, tu parles, elles ont qu’à chercher une borne, c’est pas ça qui manque dans le secteur. Dim a l’arcade ouverte et la main droite déchiré, mais il me ramène, qu’elles aillent se faire.

–          Oh putain tu sais quoi ?

–          Nan.

–          J’crois pas que c’était Tiffany Hopkins fin d’compte.

On éclate de rire.

–          Oh putain…

–          De toute façon c’est pas grave, elles étaient trop bandantes leur salope, qu’est-ce ça fout avec des bicots ça ?

–          Je te le demande… Eh c’est quand que tu parts en stage ?

–          Dans trois jours pourquoi ?

–          T’es a dispos ?

–          Congé sans solde.

–          Pas vrai !

–          Bah si.

–          Ca te dirait de venir avec nous demain ? On va se marrer.

–          Demain, qu’est-ce qu’il y a demain ?

–          Y’a les communistes qui défilent, faut qu’il y ait de la casse.

–          Y’a une prime ?

–          Comme d’hab.

–          C’est qui qui paye cette fois ?

–          Le parti.

Ca va me rappeler le bon vieux temps, le temps où j’étais de l’autre côté de la matraque, je dis oui, ça va être fun je sais. Dim me laisse devant chez moi. Je suis pété à vomir, j’ai mal aux côtes et aux poings, mais on s’est bien marré. Et je vois flous. Normal. Sur le banc devant chez moi y’a un journal collé par la pluie. Un gratuit, je me penche et je gerbe un peu. Je lève les yeux et je lis : « Nouvelle piste dans l’affaire Favre : vers un possible réseau pédophile ? »

Putain de pays, putain de monde.

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